La fin de l'Echo ? Les réactions fusent

Suite à l’annonce de la très probable cessation de publication de L’Echo dès jeudi, les journalistes des cinq rédactions ont recueilli de nombreuses réactions. Certains ont spontanément adressé leurs messages de soutien et fait part de leur tristesse. Voici les réactions qui ne peuvent être publiées dans nos éditions papier, par manque de place évidemment.

Hugues Mathieu : membre de la commission fédérale régionale CGT des syndicats des agents territoriaux et fonctionnaire en Limousin, et membre de l'association SOS Racisme - Les potes en Limousin qui agit dans l'association Pluralisme (actionnaire majoritaire de l'Echo).
«Un jour, j'ai écrit un papier pour dire que je me sentais comme Voltaire : même si je n'étais pas d'accord avec tout ce que l'Echo disait, en tant que républicain, je soutenais ce journal car il est un élément constitutif de la démocratie républicaine. [...] Ce journal est ouvert à l'expression libre des citoyens, des associations, des syndicats et des partis politiques de gauche. C'est un outil exceptionnel et irremplaçable dans une République dans laquelle il faut des contre-pouvoirs. l'Echo est un contre-pouvoir. Si elle se confirme, la disparition de l'Echo serait un drame pour nos concitoyens et l'ensemble du mouvement social. C'est pourquoi j'espère qu'on pourra sauver ce quotidien. Dans l'éventualité où cela se passerait mal devant le tribunal, je fais partie de ceux qui - avec d'autres organisations, citoyens et lecteurs - réfléchissent à l'idée de prolonger l'Echo, sous une forme ou une autre.»

Pascal Baraud : membre du bureau de la section CGT du conseil départemental de la Haute-Vienne.
«l'Echo est le seul journal qui retransmet les positions et les mouvements de la CGT. C'est quelque chose d'important. C'est de l'information de proximité avec des journalistes qui relatent des manifestations de la vie locale. Si ce journal venait à disparaître, ce serait la disparition d'un pan de l'histoire et ce serait plus difficile pour communiquer sur nos mouvements. [...] l'Echo a toujours été à nos côté pour retransmettre le bon et le moins bon de nos luttes. Si on perd ce journal, on perd une partie de notre voix, de notre capacité à communiquer.»

Jean-François Plaza : agent au lycée Léonard-Limosin.
«J'aime bien l'Echo, c'est bien ciblé. On a toujours été très satisfaits des articles. Ils en ont fait sur mon petit (Swann) qui fait de la natation. Ce que j'apprécie, c'est que c'est du vrai travail de journaliste, avec des gens qui viennent sur le terrain. Au niveau qualité, il n'y a pas photo. S'il devait disparaître, ça me gênerait qu'il ne reste que le monopole exclusif du Populaire du Centre localement. Ça me fait de la peine, car je trouve que l'Echo est un journal qui tient la route.»

Guillaume Fontaine : membre de la direction de la communication de la Région Nouvelle-Aquitaine, membre de la CGT.
«Je suis arrivé dans le Limousin il y a quinze ans. J'ai découvert toute une histoire entre  l'imprimerie Rivet et l'Echo. Si ce dernier disparaît, il ne resterait plus que La Marseillaise. C'est un déclin terrible de la presse d'opinion. On sait qu'aujourd'hui, dès que la presse n'est pas soutenue par le capital, elle est vouée à décliner, à part quelques modèles comme Bastamag ou Reporterre qui ont réussi à prendre le tournant du numérique. Le lectorat a vieilli, le militantisme s'essouffle. Il y a toute une génération qui s'est politisée, avec Nuit debout et d'autres actions. Mais ces jeunes s'informent prioritairement sur Internet.»

Jean-Pierre Chauffier, retraité militant
L’Echo : une presse libre et de terrain. «Bien que n'étant pas abonné à l'Echo, j'en suis tout de même un lecteur quotidien et régulier. En ces temps de surinformation par la médiatisation outrancière et l'intox permanente des réseaux sociaux, comme celle de la presse d’Etat aux ordres des magnats... de l'information, il est encore très agréable de pouvoir compter sur une presse locale de qualité, à proximité des citoyens-citoyennes, apportant une autre vision de ce que devrait être une presse écrite «libre» et de terrain, avec de vrais journalistes motivés par leur travail d'investigation et des relations avec l'ensemble de la société qu'ils allaient rencontrer sur le terrain. Bien loin des communiqués stéréotypés de l'AFP, relayés par une armée d’esclaves (qu'on appelle des pigistes) totalement asservis par un système de journalisme complètement Ubérisé lui aussi, et gangrené par les vertus libérales du capitalisme ! Quelle tristesse, quel gâchis, vous n'avez même plus besoin de réfléchir, les promoteurs de la pensées «Inique» le font à votre place : nos conditions de vie, de travail, nos rapports à la vie, à la société en général, nos liens sociaux et bien évidemment familiaux sont devenus immanquablement «hors-sol»... La paresse intellectuelle aidant (y compris la mienne!), nous avons perdu notre sens de l’analyse, notre sens de la réflexion, notre sens critique, notre «bon-sens» surtout ! Notre société est devenue complètement aseptisée, passive, fataliste car dépassée par sa propre vitesse d'évolution : nous n'avons plus le temps... mais alors plus le temps du tout, plus le temps de tout, plus le temps de rien. Voila bien de nombreuses années que j'entends «le Capitalisme est mort, il est à bout de souffle»... ah bon ? Je trouve qu'il se porte plutôt bien même : les spéculateurs de tous poils ne ce sont jamais autant engraissés, pendant que les sans dents et autres gueux crèvent (sur nos trottoirs, comme en Méditerranée) de nos profits, de notre consumérisme effréné, c'est à en vomir, sans état d'âme, sans scrupule, pour ce capitalisme là pas besoin d’appeler le 115, il renaîtra irrémédiablement sur l'humus de nos corps sans vie et sans âme. Il n'y aurait même plus d’Echo pour nous informer, pour nous avertir, pour dénoncer tout ça et nous faire réagir ? Un grand MERCI à toute l'équipe de presse de L’Echo.»

Le soutien collectif de l’équipe de La Mégisserie de Saint-Junien (87)
Olivier Couqueberg, directeur : «C’est un jour de deuil. Il n’y a pas beaucoup de journaux de gauche et cela en fait encore un de moins. Je ne comprends pas, dans chaque ville, dans chaque village, la gauche existe pourtant. Demain, localement, plus personne ne portera cette parole et toute la presse appartiendra bientôt aux financiers.»

Mariella Grillo, secrétaire générale : «Nous perdons un partenaire précieux et fidèle, avec une vraie qualité journalistique. Les annonces des spectacles allaient au-delà de la surface des choses. C’est quelque chose qui comptait beaucoup pour nous. Nous sommes sous le choc.»

Sophie Vergnaud, chargée des relations publiques : «C’est un drame terrible et d’abord pour les salariés du journal qui vont se retrouver au chômage. Je connais ce journal depuis que je suis née et il me semble impensable qu’il disparaisse. Combien de temps allons-nous supporter cette façon catastrophique de gérer le monde, qui met du jour au lendemain 42 personnes à la rue ? Comment allons-nous faire demain pour disposer d’une information plurielle ?»

Légende : Dessin de Jean-Louis Savignac

Commentaires

Lorsque mon grand-père Roger Jacquet est entré de déportation début mai 1945, il était ravi du travail accompli dans la clandestinité par ses amis Alphonse Denis, Etienne Rivet et les autres pour créer une presse libre. Il a travaillé ensuite à la diffusion de l'Huma et autres publications.
Aujourd'hui, nous avons toujours besoin d'une presse libre et engagée. Il serait nécessaire d'étudier comment cela peut continuer (site + hebdo) ? Alain DOBIGNY

Alain DOBIGNY

La disparition annoncé de l'Echo - mon/notre Echo-Dordogne quotidien - fondé sous le nom de Valmy pendant la Résistance et symbole du pluralisme des idées et de la presse, est une véritable tragédie.
Les capitalistes ne veulent ni liberté de pensée, ni liberté d'opinion, ni liberté d'expression. Ils préfèrent formater la presse et les médias et un information fondée sur des buzz et des sources d'information invérifiables pour réduire leurs opposants au silence et à la résignation à un monde où l'argent est roi et la vie, la nature, la culture, la santé, l'éducation sont de simples marchandises dont ils tirent d'immense profits égoïstes.
Une fois de plus, remercions toutes celles et tous ceux qui ont fait le journal, nouveaux comme anciens, ouvriers du labeur, journalistes, personnels administratifs de la rédaction et des agences.
Notre journal renaîtra de ses cendres sous une forme ou une autre car nul ne peut empêcher l'être humain de penser ou de s'exprimer librement et d'œuvrer à l'émancipation de lui-même, de ses semblables et de l'ensemble de la société pour un monde plus juste et meilleur.

Michel Favard