Soumis par Rédaction régionale le jeu, 04/07/2019 - 22:20

Face à un ministre de l’Education expert en coups de menton, les enseignants opposés à la réforme du baccalauréat regrettent la stratégie de la tension maximale. Dernier événement en date : la décision de Jean-Michel Blanquer d’imposer les notes du contrôle continu pour contrer le mouvement social.

La «rupture de confiance»

Sauf qu’à cause de la surdité du ministre Jean-Michel Blanquer face à la mobilisation des enseignants contre sa réforme du Bac, il y aura peut-être des candidats sans résultats.
L’académie de Limoges ne semble pas impactée par la rétention des notes, mais cette nouvelle fronde, après les nombreuses journées de
lutte ou l’appel à ne pas surveiller les épreuves du Bac, illustre une fois de plus la rupture du dialogue entre le gouvernement et les organisations
syndicales. D’autant que les dernières prises de paroles de Jean-Michel Blanquer n’ont fait que jeter de l’huile sur le feu. «Dire que l’on va prendre les notes obtenues pendant l’année en lieu et place de celles de l’examen a été particulièrement mal vécu, constate Marianne Corrèze, cosecrétaire
académique du SNESFSU dans l’académie de Limoges. Cela démontre une fois enco-re la volonté de passage en force du ministre. Mais c’est également un fait sans précédent. Là, on change un texte réglementaire [celui relatif aux épreuves du baccalauréat, ndlr] en cours de route.»
Une décision qui, au passage, prête le flanc à des procédures devant le tribunal administratif, même si le SNES-FSU affirme quant à lui
vouloir s’en tenir au terrain politique. En ayant recours au bulletin de notes, on remarquera au passage que Jean-Michel Blanquer se lance
dans une sorte d’anticipation de la réforme à venir avec l’importance donnée au contrôle continu au détriment de l’épreuve finale. Justement
l’un des points critiqués par les organisations syndicales qui y voient la porte ouverte au Bac à la carte et donc au renforcement des inégalités sociales et territoriales. Quant à la volonté de vouloir retirer 15 jours de salaire aux enseignants qui feraient de la rétention de notes, la représentante syndicale conteste : «Si effectivement les collègues devaient être considérés en grève, ils ne pourraient l’être qu’à partir du jour où ils doivent effectivement rendre les notes, c’est-à-dire quand le service n’est pas assuré.» Sur la forme, Marianne Corrèze souligne la stratégie de l’extrême
tension pour laquelle le ministère a clairement opté. «Les dernières déclarations du respect, coûte que coûte, des délais mettent une fois
de plus en évidence la rupture du dialogue. Cela s’inscrit dans toutes ces menaces et intimidations que subissent les  personnels.» Même dans les services du rectorat, le ras-le-bol causé par la sourde oreille du ministre se fait sentir. Au sein des établissements, Marianne Corrèze évoque par ailleurs des jurys qui ont voté des motions contre la réforme Blanquer et pour dénoncer le passage en force du gouvernement mais aussi des
jurys mis sous pression avec «des présidents de jury qui ont démissionné. » Dans les académies de Toulouse, Créteil, Bordeaux et Lyon, la situation reste particulièrement tendue. Quelle qu’en soit l’issue, Marianne Corrèze retient que «l’attitude du ministre a conduit à une rupture de confiance avec les enseignants. Pour fonctionner, nous avons besoin d’un minimum d’adhésion et là, elle n’existe plus.»