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Monumental carton à la papeterie

Exposition

Jusqu’au 16 septembre, la salle des machines de la Papeterie d’Uzerche accueille une exposition monumentale des artistes Guillaume Brandy et Francis Dalschaert. Une création directement inspirée du lieu, de son histoire et portée par les flots de la Vézère.

Il aura fallu presque une bonne dizaine de jours aux artistes Guillaume Brandy et Francis Dalschaert pour réaliser l’installation de leur exposition dans la salle des machines de la Papeterie. Il faut dire que le duo n’a pas fait dans la demi-mesure pour faire parler ce lieu qui ne manque pas de volume.
D’autant plus que la très large majorité des œuvres présentées sont issues de créations spécifiques pour ce lieu. «Quand on a visité ce lieu pour la première fois, on s’est rendu compte que la vie de celui-ci était chargée d’humanité» explique Guillaume Brandy.

Sans quoi rien n’est possible

Très vite les deux artistes tracent les contours de leur travail spécifique à ce lieu. «Nous avons voulu le placer sous un double signe : celui de l’usine et celui de la Vézère» complète Francis Dalschaert. «A partir de là notre choix s’est porté sur l’utilisation du carton qui a façonné la vie de cette usine pour faire émerger un dialogue entre le lieu, le carton et le social et créer un lien entre l’architecture, l’art, le lieu et l’humanité». Car le site tout industriel qu’il fut a toujours été connecté à la nature, à un élément : l’eau de la Vézère. Et c’est elle qui est au centre de leur démarche. «La rivière nous a raconté ce qu’elle avait vu depuis très longtemps». Une histoire mystérieuse et au long cours que le tandem s’est efforcé de retranscrire sur un accordéon cartonné de 35 mètres. Des images fragmentaires dans lesquelles l’œil peut se laisser flotter et l’imaginaire porter jusqu’à la salle des machines proprement dite.
Survient alors une autre œuvre monumentale. Un grand nuage fait d’amas de cartons déformés et colorés flotte dans la nef de la salle des machines. «Les nuages sont nos grands maîtres parce qu’on y voit toujours quelque chose de différent». Ce grand maelstrom semblable au bouillonnement de la Vézère, conçu à partir de grandes plaques de carton toutes identiques, rejoint peu à peu le mur. Et cette succession de couleurs et de formes en lutte au gré du cheminent commence malgré tout à rentrer dans le rang. Les couleurs se font moins vives, les formes moins anguleuses jusqu’à devenir une succession de plaques de carton planes, standardisées et uniformes.
Derrière cette œuvre baptisée Sine qua non ont retrouve bien-sûr cette image d’une Vézère domptée au profit d’une production industrielle mais aussi toute une critique d’une société de consommation et d’une lutte vaine entre l’homme et la nature. Pour l'anecdote, le déclic pour la mise en forme de cette installation leur est apparu à Uzerche alors qu’ils rentraient à pied du déjeuner. Niché dans le goudron, un morceau de je-ne-sais-quoi recroquevillé dans lequel l’un verra une grenouille et l’autre un canard. «C’est à ce moment que ça a fait tilt. C’est à partir de ce moment que nous avons pris le parti de plier, de maltraiter le carton. Ce petit morceau de carton insignifiant a été la genèse de quelque chose de beaucoup plus grand» indique Francis Dalschaert. A la suite, la succession de grands panneaux 4 x 3 malicieusement intitulée «JC Decaud» ne dit pas autre chose. «Car l’ère industrielle a peut-être aussi un peu abimé l’homme» énonce Guillaume Brandy.
Un homme abimé à l’image de celui que les visiteurs pourront trouver dessiné sur papier cette fois-ci et posé sur les turbines des machines littéralement... au bout du rouleau. C’est donc ce combat entre l’homme et la nature qui parcours l’ensemble de cette exposition avec malice et force. «Nous ne sommes que de passage sur cette terre. Il faut se rappeler que nous sommes que peu de chose et être modeste et attentif à ce que nous faisons».

Mathieu Andreau


Une performance inaugurale tournée vers l’avenir

Lors du vernissage de l’exposition, Guillaume Brandy et Francis Dalschaert ont livré une performance invitant autant à ouvrir nos yeux d’enfants que ceux des enfants. Dans un espace délimité par un cadre de bois de quatre mètres sur trois (tiens donc !), les plasticiens ont fait écho à leur exposition.
De carton et d’agencement il était encore et toujours question. Sur une bande sonore faite de bruissements, de chants de grillons ou encore de survol d’avion, le tandem s’est longuement employé à constituer de petits amas de morceaux de cartons. Un petit coup de pinceau ici, un peu plus de matière là, on imagine un temps ce travail suivant un schéma très ordonné duquel sortira une forme identifiable. Mais très vite, la sensation d’un affairement aussi précis qu’insignifiant traversant le temps surgit. Il est toujours question d’un passage éphémère. Le plan n’en est plus un surtout quand les plasticiens après de longues minutes invitent les enfants présents à prendre leur suite pour continuer leur œuvre. Comme un clin d’œil à la destinée de ce lieu, ancienne papeterie désormais tournée vers l’art.


Horaires :
Jusqu'au 16 septembre tous les jours de 14 à 19 heures. Entrée libre. Médiation et visite guidée sur inscription préalable (05 55 73 17 00) du lundi
au vendredi à 15h. Atelier pédagogique en libre accès.

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