Fil info
21:54 L’ dans tous ses états: https://t.co/npjyHB909b
21:37 Merci. Le Pont Saint Chrétien Chabenet dans l’Indre, département où j’ai eu la chance de travailler pend… https://t.co/oXJrlcTpXJ
18:10 Rire
18:06 Merci bien, hein ! Tout le monde en nervous breakdown.
17:59 Bonjour huber
15:46 Ca risque pas de s'arranger avec une uberisation du travail.

Leurs histoires nous regardent

Mémoire

Vendredi à 17h sera inaugurée dans la Forêt du souvenir au milieu des jardins ouvriers de Bourbacoup, l’installation de l’artiste Fabienne Yvert  «ça nous regarde». Entre les arbres, 80 photos, 80 regards des Martyrs de Tulle nous sondent de manière intemporelle.

La Forêt du souvenir du 9 juin 1944 plantée par Peuple et Culture Corrèze est le lieu d’une commémoration qui ne devrait pas laisser indifférent.
C’est une forêt de chênes  plantée en 1994  sur un terrain appartenant à la ville de Tulle par l’association Peuple et Culture Corrèze à l’occasion du  cinquantième anniversaire du massacre du 9 juin 1944.
Une forêt du souvenir enracinée
Cette année-là, PEC avait réalisé un important travail de recherche en publiant une affiche et un «livre blanc» à partir des photographies des pendus  et des déportés recueillis auprès des familles de Martyrs.
«On était plusieurs personnes à être frappées par le fait qu’on connaissait l’histoire du 9 juin 1944 mais comme dans tous les crimes collectifs, on  n’avait pas une individualisation de ces personnes. L’idée avait été de voir les familles et de leur demander une photographie, tout simplement» se rappelle Manée Teyssandier de PEC Corrèze.
L’artiste Ramon avait réalisé l’affiche à partir des photos collectées par Patrick Teyssandier.
A l’époque, l’idée même d’aller voir les familles avait suscité quelques craintes quant au réveil de souvenirs douloureux d’un traumatisme  qui a  longtemps pris la forme lourde du silence.
«Il y a eu beaucoup de témoignages, de choses dites par les familles. L’affiche mise un peu partout dans la ville avait créé pas mal d’émotions» se souvient Manée Teyssandier.
L’idée de la Forêt du souvenir avait  germé quant à elle dans l’esprit fertile de l’artiste peintre Henri Cueco.
Depuis 1994, les chênes pédonculés ont poussé leur cime vers la lumière, entourés par les jardins ouvriers bigarrés et bienveillants de  Bourbacoup.
«ça nous regarde» droit dans les yeux
Le temps a passé et seul un panneau indiquant «Forêt du souvenir 9 juin 1944» rappelait au fil des ans l’origine de ce lieu mémoriel.
Au hasard objectif d’une visite de jardins, c’est une Allemande prénommée Iris qui a réactivé l’histoire du lieu et sa charge symbolique.
Une histoire de regard encore !
Après une exposition l’an passé forte en émotions organisée par PEC à partir du fond iconique de 1994, cette année en marge des commémorations officielles, PEC a confié un travail à l’artiste plasticienne Fabienne Yvert en résidence à Tulle depuis plusieurs mois.
Fabienne Yvert a eu l’idée de reprendre les photos de 80 martyrs pour en  extraire leur regard sous la forme de bandeau rectangulaire.
Ces photos en noir et blanc plastifiées (recto-verso) accrochées sur un fil rouge par quatre ou par six sont reliées aux troncs des arbres à environ deux mètres de hauteur.
«De nombreuses photos ont été tirées à partir de carte d’identité. Il n’y avait pas beaucoup de clichés de ces personnes dans les familles. Cela explique l’aspect pixélisé de certaines photos» précise Dominique Albaret de PEC 19.
L’idée de présenter ces regards de manière anonyme a fait aussi débat en amont.
Ce qui est important, c’est que les formes d’expression varient. C’est la même question que celle des commémorations qui prennent toujours le même rituel. Le travail des artistes c’est justement d’imaginer de nouvelles choses» souligne Manée Teyssandier.
Demain en se promenant dans la Forêt du souvenir, difficile de ne pas être touché par ces yeux qui semblent vous prendre à témoin, vous sonder le cœur et l’esprit. Le titre de l’exposition prend tout son double sens au milieu de cette forêt. L’histoire de ces hommes nous concerne car il s’agit bien de notre histoire : «Il faut que ça reste vivant et que ça nous interroge sur ce qui se passe aujourd’hui dans le monde. On a l’impression que ces  regards nous suivent»  explique Fabienne Yvert.
L’inauguration de l’installation aura lieu vendredi à 17h en présence de  l’artiste, entre autres personnalités et invités.
Les photos resteront visibles tout  cet été dans la Forêt du souvenir.
La Ville de Tulle de son côté compte bien se servir de ce lieu pour mettre en place des actions pédagogiques autour des événements du 9 juin 1944, notamment à destination des scolaires.

Serge Hulpusch