Dans la peau de Gaston Vuillier

Exposition

Le musée du Cloître fait peau neuve en révélant un fonds toujours aussi fascinant. Dans une exposition semi-temporaire, installée
jusqu’au 6 janvier 2018, il montre les œuvres du génial reporter-voyageur Gaston Vuillier autour d’une thématique que l’artiste avait lui-même formulée lors d’un reportage publié en 1899 dans la revue Tour du Monde : «Chez les magiciens et sorciers de la Corrèze». A voir également, deux sculptures médiévales restaurées en 2016 : le Moine Gérald et la Tête dite de «La Bernardine».

Rencontrer les œuvres de Gaston Vuillier, nouvellement exposées au musée du Cloître, c’est comme s’installer dans une machine qui pourrait se nommer «chronoscaphe» et qui nous permettrait de remonter le temps. Si la scénographie de l’exposition reste classique en soi, les dessins -pour la plupart réalisés à la pierre noire, à l’aquarelle avec des réhausses de gouache blanche- comme les textes, écrits de la main de Vuillier et mis en voix via un audioguide, vous plongent littéralement dans la Corrèze du XIXème siècle. Le trait magique du dessinateur propose des portraits et des scènes dignes d’un objectif de photographe averti. On l’imagine vif et assuré tellement l’instant y est captif, pris au piège par le geste de l’artiste. La question nous assaille: comment est-ce possible? La raison est que le bonhomme a une approche toute particulière pour saisir l’intensité des moments qu’il croque. Il opère avec sympathie pour observer les moments de vie intime de ces corréziens pétris de croyances ancestrales qu’il
côtoie quotidiennement en les invitant autour de son foyer depuis son installation à Gimel-les-Cascades en 1892. «En cette veillée d’automne je parlais à mes voisins, réunis autour de moi, de l’arbre, de ses instincts, de ses destinées et l’un des hommes disait : (...) Il est des plantes qui se veulent du bien, qui éprouvent une véritable sympathie l’une pour l’autre. La vigne, par exemple, aime le voisinage de l’orme... et le figuier profite rapproché du platane. Et tandis qu’il parlait, je me disais que les curieuses observations de ce paysan avaient déjà été faites par les poètes anciens ; Virgile n’avait-il pas recommandé, dans les Géorgiques, la saison à laquelle il faut "marier la vigne à l’ormeau" ?... Et toujours en écoutant ces hommes je songeais... et j’établissais quelque curieux rapprochement» raconte-t-il dans son reportage «Chez les magiciens et sorciers de la Corrèze» publié en 1899 dans la revue Tour du Monde. Le dessin sera son sésame pour se faire accepter là où l’étranger hautain et bourgeois est laissé à la porte.  «Vous ne vous moquez pas de ces choses comme d’autres feraient qui ne comprennent rien de rien» lui dit le metze Chazal après l’avoir convié à assister à un martellement de la rate. Et si le terrible sorcier Vauzanges lui permet de le portraiturer, c’est que Gaston est venu aussi le consulter pour ses pouvoirs de guérisseur. Artiste entier au talent d'ethnographe, il parfait ses dessins de textes qui sont donnés à entendre au travers de la voix grave et enlevée de Guy Emery enregistrée dans les locaux de Bram FM. Ne manquez pas de vous saisir des audioguides que l’on vous propose gratuitement à l’accueil du musée. Ainsi vous serez à coup sûr transporté dans la peau de Gaston Vuillier. Dans l’espace vidéo, trois films de 41 minutes sont diffusés pour aller plus loin dans la rencontre avec cette figure incontournable du patrimoine corrézien.

De la bienveillance envers les oeuvres

Pour un musée municipal, conserver n’est pas un acte inertiel. Il est emprunt de bienveillance envers les œuvres qui font la richesse de son fonds. En ce sens, et grâce au soutien de l’association des Amis du musée et du vieux Tulle -dont elle a reçu la somme de 1.000€- et celui de la DRAC, le musée du Cloître a pu poursuivre sa politique de restauration en 2016 et voir deux de ses sculptures médiévales remises en état afin d’être à nouveau exposées. Le moine Gérald, ultime rescapé de l’église Saint Julien, jadis flanquée à la cathédrale, a retrouvé sa mine de grès local tandis que la tête dite de «La Bernardine» a révélé les secrets de sa provenance... Irrésistiblement vos pas vous conduiront au musée... Bonne visite!

Sabine Parisot

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