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Un dernier hommage à Vincent

Mémoire

La salle du Foyer socio-culturel de Trélissac était comble hier pour rendre un dernier hommage à Vincent Gracia ancien résistant et déporté qui s’est éteint à l’âge de 94 ans. Tous ont souligné son humilité, sa gentillesse et son humour et surtout sa fidélité à ses valeurs et son travail de mémoire auprès des jeunes générations.

Plusieurs prises de parole se sont succédées pour évoquer la personnalité de Vincent Garcia.
Tout d’abord, le maire de la commune Francis Colbac. « Il y a moins d’un an, ici même René Chouet et Lucien Cournil, remettaient à Vincent la Légion d’Honneur. A cette occasion, je prononçais ces quelques mots, « Vincent, cette Légion d’Honneur est méritée à tous égards. Pour ton combat bien sûr, mais aussi tout simplement pour l’homme que tu es. Pour ton intelligence des choses et des êtres, pour ta disponibilité aux autres pour ton humanisme et j’ajouterai, pour ton humour… ». Quelques mois auparavant, nous avions baptisé la rue où il habite « Chemin Vincent
 Garcia » et ce, notamment à la demande cosignée de tous les riverains. Cette plaque de rue, devant sa maison indique « Chemin Vincent Garcia, Résistant – Déporté, Passeur de mémoire ». Et après la remise de la Légion d’Honneur, il m’avait dit en souriant : « Tu vois, sur la plaque, il reste un peu de place, tu pourras rajouter « Chevalier de la Légion d’Honneur ».
Après avoir évoqué ce qui avait mené Vincent Garcia à Buchenwald, Francis Colbac a insisté sur son rôle de passeur de mémoire, « Il était le dernier témoin déporté en capacité physique de sillonner les établissements scolaires de la Dordogne ce qu’il avait si longtemps fait avec René Chouet : ils étaient tous deux tels deux frères. Et pour avoir assisté à un de ces témoignages devant une classe de CM2 de l’école Emile Zola,  je revois l’écoute, l’interrogation des enfants, et la façon totalement simple, naturelle, donc réellement efficace dont Vincent racontait les choses, c’est à dire au fond le pire de la déshumanisation ». Francis Colbac a ensuite fait remarquer que la classe de CM2 de cette même école était présente dans la salle à l’initiative de leur enseignant Nathanaël Bonhoure, qu’il a tenu à remercier. « Il a souvent fait venir Vincent. Sa classe participe chaque année au Prix de la Résistance et cette année, la réalisation de la classe dans ce cadre est précisément un album dédié à Vincent Garcia. Et comme l’histoire fait bien les choses, il faut que vous sachiez qu’il est le petit-fils de Lucien Dutard ». C’est en effet dans le maquis dirigé par Lucien Dutard que Vincent Garcia était entré en résistance.
Francis Colbac a rappelé l’indispensable devoir de mémoire par les temps actuels, passant en revue les pays qui connaissent des renaissances fascistes. « Et pire que tout, en égard à l’histoire et au vécu de ce pays, en Espagne le pays de Vincent où une inquiétante résurgence du franquisme vient d’obtenir 10% des voix aux récentes élections. A propos de l’Espagne, Michel, le fils de Vincent m’a dit avoir reçu un coup de téléphone du Ministère de la Justice espagnol, lui indiquant leur souhait de redonner la nationalité espagnole à Vincent (tous les républicains en avaient été déchus par Franco), 80 ans plus tard… ».
C’est ensuite Éric Gutkowski, inspecteur des écoles qui est venu rendre un hommage à « l’admirable engagement, l’abnégation, le courage et la gentillesse de Vincent qui a témoigné pendant de nombreuses années auprès des jeunes. Un homme exceptionnel dont on ne doit pas laisser la voix s’éteindre. Témoigner inlassablement était son combat et une de ses dernières inquiétudes c’était « en ais-je assez fait, en ais-je assez dit ? Il y a tant à dire encore ». Il voulait rester fidèle au serment de Buchenwald  ».
Puis Xuan Santouri professeur d’université et écrivain dont le livre consacré à Vincent Garcia est en train d’être imprimé lui a rendu hommage « ce fut un privilège de le connaître. Un homme a qui on a tout pris et qui s’est engagé auprès des jeunes ».
Car ce travail de mémoire Vincent Garcia l’avait aussi mené en témoignant en Espagne comme l’ont rappelé Rosa et Cathy deux enseignantes d’Oviedo qui ont rencontré Vincent lors d’un travail sur les Républicains espagnols notamment, avec une exposition de 50 panneaux intitulée « Souffrir la guerre, chercher refuge » dont un, est consacré à Vincent.
Le combat de Vincent Garcia fût aussi celui pour la mémoire de son père et de son frère assassinés par les Franquistes. Pendant des années il a cherché leurs lieux de sépultures et tout fait pour que leur mémoire ne tombe pas dans l’oublie en faisant apposer des plaques à leur mémoire comme l’a expliqué Christina de l’association Ay Carmela « tu ne voulais par mourir avant d’avoir tenu la promesse faite à ta mère d’honorer leur mémoire ». Un combat  contre la réécriture de l’histoire aussi, « le 11 avril 1945 ce ne sont pas les Américains qui vous ont libéré mais vous-mêmes, dès 13 h 30, tu y tenais ». Un hommage également appuyé par José Garcia de l’association Caminar. Emma Prado, représentant les élèves et enseignants de Terrasson où Vincent a beaucoup témoigné a tenu à lire un texte qui avaient été écrit par les élèves pour l’occasion.
Enfin, Norbert Pilmé président de l’AFMD 24 lui a rendu hommage en retraçant son parcours « Il est né le 20 janvier 1925 à Pola de Ciero dans les Asturies au cœur d’une famille nombreuse. Son père était journalier et sa mère couturière. Son père prend une part active au soutien de la jeune République espagnole en 1936. S’ensuit alors un parcours semé de drames durant la guerre d’Espagne où son père et son frère sont assassinés. Il parvient à s’échapper des combats de Barcelone. Avec 500 000 compatriotes il  passe en France le 2 février 1939, blessé par l’aviation franquiste il est évacué vers l’hôpital du Mans  puis grâce a la solidarité d’une infirmière il peut retrouver sa maman  refugiée en  Dordogne. Pour apporter son soutien maximum à sa famille, il exercera plusieurs métiers liés à l’agriculture. Durant la seconde guerre mondiale, habitant  à Cadouin il entre comme légal dans le réseau de résistance  constitué par Lucien Dutard et devient agent de renseignements et de liaison. Suite à l’exécution d’un militaire Allemand il est recherché et tombe dans la rafle opérée par les Nazis le 22 Décembre 1943. Il est transféré dans les prisons de Bergerac, Périgueux et Limoges, puis déporté avec 2000 Résistants depuis le camp de Compiègne   dans le cadre de l’opération « Ecume des mers » destinée a démanteler la Résistance Française. Il arrive à Buchenwald le 24 janvier 1944, matricule 42 553 jusqu’à la libération du camp le 11 Avril 1945. Affaibli, traumatisé, il doit à sa jeunesse la force  de survivre de cette terrible expérience de son séjour en « enfer ». Son retour chaotique dans une Europe ravagée l’oblige avec quelques autres déportés à organiser son propre rapatriement en Dordogne où il arrive le 25 mai 1945. Après son retour il reprend peu à peu sa place dans la société et devient un professionnel du bâtiment, puis chef d’équipe et de chantiers aux multiples  compétences ». Puis Norbert Pilmé a évoqué son engagement, « avec ses amis Déportés dont René Chouet, il adhère et milite d’abord a la FNDIRP puis à l’AFMD dont il était un des vice-Présidents. Il savait que le travail de mémoire est destiné à faire prendre conscience aux générations qui ne l’ont pas vécu de la réalité de l’internement et la déportation. Depuis 2011 il rencontrait les élèves du CM2 en plus des collèges et lycées. Sa gentillesse, sa pédagogie ont fait de lui un témoin très apprécié par les enseignants et les élèves. Les plus jeunes l’appelaient  Papy. Ces actions de mémoires Vincent les avait étendues également en Espagne qui ouvre peu à peu son livre d’histoire. La presse Espagnole, multiplie ses interviews et des universités l’accueillaient depuis  3 ans. Désormais un livre résume sa vie qui complète les 6 planches de bande dessinée  réalisées par le musée de la résistance de Champigny et l’Afmd. Il y a seulement un mois, très affaibli par la maladie il a fait l’effort de témoigner devant 50 personnes à Chanterac. Le monde de la mémoire vient de perdre un de ses plus fidèles défenseurs et acteurs et moi je viens de perdre un ami .Son courage, sa ténacité, son engagement reste pour nous un exemple d’humanité pour  les générations futures ».

Philippe Jolivet