Mobilisation pour les HLM Chemetov à Saint-Benoît-du-Sault

Le patrimoine architectural de Saint-Benoît-du-Sault, bourg médiéval leader de l’association des « plus beaux villages de France », sera-t-il amputé ces prochains mois ? Ce n’est pas sûr : la résistance s’organise pour sa défense avec le souci de préserver ce patrimoine et de solides arguments juridiques.

Quinze logements sont promis à la démolition. Les autorisations officielles sont données, le chantier est ouvert, les premiers trous dans les murs ont été percés ce lundi 29 janvier, des pans de toitures démontés, ce qui, par les temps pluvieux qui courent, laisse craindre une dégradation rapide des intérieurs. Cela peut paraître sans grande importance, il s’agit de logements HLM, comme il s’en détruit à peu près constamment dans les banlieues populaires françaises. Mais dans ce cas, la situation est toute autre : ces HLM ont été conçus par l’un des plus prestigieux architectes contemporains, Paul Chemetov, Et méritent, selon leurs défenseurs, d’être sauvegardés au titre du patrimoine national. Au même titre que le riche patrimoine – l’église bénédictine pré-romane, le prieuré du quinzième siècle, le réseau de ruelles médiévales – qui a valu à Saint-Benoît-du-Sault d’être promu en 1997 « secteur sauvegardé » par la commission nationale spécialisée du Ministère de la Culture.
Cet ensemble HLM a été édifié voici une trentaine d’années. Le bourg vivait alors d’une activité industrielle notable : l’entreprise Sitram, équipements de cuisine en inox, 500 salariés, sa direction était alors demandeuse de logements sociaux pour accueillir des familles ouvrières venues du sud de l’Indre, du nord de la Creuse et de la Haute-Vienne..L’usine n’en emploie plus aujourd’hui que quelques dizaines. Et la population de la commune a diminué de 850 à 620 habitants.
Paul Chemetov resté attaché à la région
Comment et pourquoi Paul Chemetov, cet architecte international aux réalisations spectaculaires ( à Paris le Ministère de l’Economie et des Finances, la place carrée du  forum des Halles, la Galerie de l’évolution du Museum d’histoire naturelle, En Inde l’ambassade de France à New-Delhi,.. Grand prix national de l’architecture 1980… ) en est-il venu à réaliser les HLM d’un modeste bourg berrichon ? C’est que, enfant réfugié dans l’Indre sous l’occupation nazie, il est resté attaché à la région et y a noué des amitiés durables. Dont celle d’un fils du pays, Jean Chatelut,  Lequel, élu  maire de Saint-Benoit-du-Sault (de 1977 à 2001) se disait convaincu  qu’un village nanti d’un tel patrimoine historique devait continuer à l’enrichir par des réalisations contemporaines. Paul Chemetov a ainsi édifié le collège, le centre de secours, la gendarmerie, cet ensemble HLM dit « la grande Ouche », un gymnase. Il n’a pas été le seul. Sont aussi venus par exemple Gilles Clément, le « jardinier planétaire » Jacques Ripault, l’architecte du Mac/Val, le musée d’art contemporain du Val-de-Marne à Vitry. Et d’autres.
Le projet de la Grand Ouche, résolument contemporain, s’est inspiré des volumes architecturaux, des formes, des pentes, des matériaux traditionnels. Un jeu de passages et de venelles arrime l’ensemble HLM aux ruelles commerçantes du village médiéval. Et ce nouveau quartier    s’est inséré sans rupture de ton  dans le patrimoine local.
La société HLM Scalis, propriétaire des lieux, a estimé qu’il n’y avait plus de demande de logements sociaux à Saint-Benoît-du-Sault, que l’entretien coûtait cher et ne rapportait rien. Elle a donc décidé la destruction de quinze des trente-six logements de la Grande Ouche, et missionné une entreprise de démolition haut-viennoise, pour une dépense de 160 000 euros.
Candidatures en cours
La survie de cet ensemble est donc tributaire d’un changement d’affectation. Pistes envisagées :  transformation en locaux artisanaux, accueil de start-up, télétravail, instances sociales, résidences d’artistes… Ce qui n’est pas dans les attributs d’une société HLM, et impliquerait la cession des lieux pour l’euro symbolique. Le coût de la démolition est estimé au bas mot à 160 000 euros. Mais la réhabilitation coûterait encore plus cher, et le maire Christian Brec a estimé que « la municipalité n’a ni l’argent ni les compétences   pour réaliser ce genre de projet ». Jean Chatelut, qui a pris le tête d’un « front du refus » à cette destruction, « la survie de l’ensemble est possible, elle nécessite simplement un changement d’affectation. Cela n’a rien d’irréaliste : les exemples sont nombreux de bâtiments dont la fonction a varié dans le temps ». Il demande en conséquence de « surseoir à la démolition, le temps d’élaborer et de mettre en place des initiatives alternatives ». Il ajoute que « plusieurs personnes sont déjà intéressées à s’investir dans ces projets, y compris dans leurs montages financiers ». L’intercommunalité ( 17 municipalités de la « Marche occitane ») demande à voir. Un comité de soutien est en cours de constitution. Des demandes  lui sont déjà parvenues. Par exemple l’association parisienne Cotxet, ( soutien aux familles, familles d’accueil, dispositifs sociaux alternatifs), développement de l’enfance ), qui emploie plus de 1000 salariés dans une trentaine d’établissements, des artistes en quête d’ateliers et d’espaces de travail, des start-up en formation…
C’est maintenant une course contre la montre. La société Scalis, pressée d’en finir, a amené des engins sur le terrain lundi 29 janvier et mis en route le processus de démolition. Dans des conditions très douteuses sur le plan règlementaire et légal, estime Jean Chatelut, qui a fait dresser mardi 29 janvier un constat d’huissier. Sans doute ne manque-t-il pas d’argument puisque dès le lendemain mardi 30 les engins étaient retirés. Prochains épisodes ces prochaines semaines.
Georges Châtain

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