Lycées : une répartition des personnels qui ne passe pas

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Près d'une cinquantaine d'agents techniques et administratifs du Limousin se sont retrouvés hier matin, devant la Maison la Région à Limoges. Ils ont contesté la nouvelle répartition prévue pour leurs postes sur l'ensemble des lycées de la Nouvelle-Aquitaine. Ce rabattage des cartes se ferait, selon eux, au détriment du Limousin et pourrait accroitre la pénibilité du travail.

Il n'y avait pas que le temps qui était à la grisaille à Limoges, hier matin dès 9h30. L'humeur de certains était d'une couleur peu chaleureuse, malgré l'éclat rouge de leurs drapeaux syndicaux. Celle des agents techniques et administratifs des lycées du Limousin, venus clamer leur mal-être et leur crainte de voir leurs conditions de travail se dégrader. Ils étaient une cinquantaine à se rassembler devant le conseil régional Nouvelle-Aquitaine. Le regroupement s'est fait à l'initiative des syndicats CGT et FO, suivis par l'Unsa et la FSU.

En cause, les nouvelles dotations prévues par la Région pour la répartition de ces fonctionnaires dans les différents établissements. L'outil informatique utilisé pour calculer les différents besoins des lycées est remis en cause par les militants. «C'est une logique similaire à ce qui a pu se passer à France Télécom», appuie le méthodique Hugues Mathieu, membre de la commission fédérale régionale CGT auprès des syndicats des agents territoriaux et fonctionnaires territoriaux dans le Limousin. «C'est un outil administratif qui ne prend pas en compte la spécificité des métiers dans les lycées.»

Après avoir tenté, tant bien que mal, de se protéger de la pluie, les personnels ont pu profiter de la chaleur des locaux régionaux autour de 10h15. Une délégation a été reçue par le questeur Pierre Chéret, qui défend cette nouvelle répartition. Le dialogue est-il constructif ?
À en juger par sa réponse, la Région reste droite dans ses bottes, avant même l'entrevue. «J'écoutais la radio ce matin. C'est toujours intéressant d'avoir des critiques de la part de personnes qui ne travaillent pas dans ce milieu et qui ne le connaissent pas», ironise le conseiller régional du groupe PS et apparentés, qui insiste sur son expérience de proviseur.

La pénibilité du travail en lumière

Ce dernier explique que des curseurs objectifs ont été utilisés, tels que la surface en mètres carrés ou le nombre de repas servis. Avant d'approfondir par des discussions avec les encadrants. «Tout a été fait pour que cela ne se fasse pas hors-sol. [...] À Suzanne-Valadon, le calcul théorique prévoyait 20,5 équivalents temps-plein (contre 29 avant la nouvelle dotation). Après discussion, on a finalement arrêté à 23.» Le lycée limougeaud est l'établissement de la Haute-Vienne le plus durement touché avec six postes supprimés. Un «rééquilibrage» et une «répartition équitable» pour l'élu qui affirme que ce changement se fera «progressivement» et que «pas plus d'un poste sera supprimé par an».

Les personnes mobilisées ne se montrent, elles, guères convaincues. «On n'est pas contre des critères de répartition, mais il faut qu'ils tiennent compte de la pénibilité de ces métiers», plaide Nicolas Pimont, membre de l'Unsa qui travaille dans une équipe mobile informatique dans les lycées de la Corrèze. «On a des collègues qui se retrouvent cassés. La pénibilité se décharge donc sur les autres travailleurs, ce qui augmente pour eux-même cette souffrance. Il faut tenir compte de cela et des restrictions médicales.»

Le Limousin ostracisé ?

Au-delà de cette inquiétude, les arguments prennent une tournure parfois plus politique et personnelle. Exemple avec Hugues Mathieu qui reprend le fil de la discussion : «Depuis la fusion des régions, on voit qu'Alain Rousset (le président de la Nouvelle-Aquitaine) a accepté de prendre la partie limousine sans enthousiasme particulier. Il déménage en masse les services sur Bordeaux et son agglomération. Il se moque des arrières-pays.»

«C'est faux !», rétorque Pierre Chéret. «On ne supprime pas d'emploi, on reventile. Dire des choses pareilles, c'est créer une situation anxiogène et ce n'est pas responsable ! On a mis 16 millions sur le régime indemnitaire. Dans le Limousin, les agents gagnent 200 euros de plus par mois depuis la fusion. Et je considère que c'est légitime !»

Un salaire un peu plus confortable, mais un risque de dégradation des conditions de travail pour les personnels de l'Education nationale. Pour Damien Moncassin, secrétaire général CGT des personnels de la Région, le jeu n'en vaut pas la chandelle. Il met au défi les élus de passer une semaine dans la peau d'un agent technique : «Venez laver la cour de Suzanne-Valadon dans ces conditions ! [...] On veut juste que le service public soit rendu dans des conditions meilleures et qu'on investisse dans l'avenir.»

La Région reçoit et écoute les syndicats. Mais pour ce qui est d'entendre, ce n'est pas encore gagné.

Thomas Derais