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Un deuxième suicide au sein de La Poste

Dordogne

Mercredi après-midi une factrice de Saint-Astier, âgée de 52 ans, a mis fin à ses jours à son domicile.

Elle était depuis trois ans en arrêt longue maladie, et le matin même de son passage à l’acte, avait reçu, à sa demande, la visite d’un délégué syndical pour lui expliquer la situation qu’elle vivait. «Je pensais qu’il était urgent d’y aller» indique ce dernier. «Pendant trois heures, elle m’a expliqué sa souffrance». Selon le syndicaliste, sa principale demande était que son burn-out soit reconnu. Victime d’un accident en 2004, qu’elle n’avait pas déclaré comme accident de travail à l’époque, elle a ensuite enchaîné les problèmes de santé, et s’est retrouvée, en 2009, déclarée inapte à son métier de factrice. La Poste l’a donc placée sur un autre poste, «où c’était compliqué» affirme Stéphane Greffe, délégué syndical Fo de la Poste.  «On lui mettait la pression». En 2015 déjà elle avait voulu attenter à ses jours, et depuis était en arrêt longue maladie. «Elle se sentait incapable de reprendre, et m’a dit que depuis trois ans, elle vivait un enfer». D’autant que la Poste réfléchit à la délocalisation du bureau de Saint-Astier, ce qui l’inquiétait profondément. Elle avait voulu se battre pour que son burn-out soit reconnu, mais n’a jamais réussi à obtenir satisfaction. Mère de trois enfants, elle avait confié au délégué syndical ses inquiétudes pour son avenir, la possibilité d’une reprise la terrifiant, celle d’une retraite anticipée d’ici deux ans avec auparavant un demi traitement, l’arrêt longue maladie permet de ne pas perdre sur les revenus mais elle n’était pas sûre qu’il lui soit encore accordé, l’inquiétait aussi.
Alors évidemment, en Dordogne, impossible de ne pas penser à ce qui s’est passé à Sarlat le 25 octobre, où une factrice avait déjà mis fin à ses jours en incriminant sa direction. Même si, dans le cas de Saint-Astier, ce n’est pas une personne précise qui a poussé la postière à ce geste ultime, ce qui fait que «nous ne sommes pas dans la même configuration qu’à Sarlat» précise l’intersyndicale Cgt Fapt, Cfdt S3C, Fo-Com, Sud-Ptt qui avait soutenu les postiers de Sarlat exerçant leur droit de retrait, pour autant, c’est encore une fois le malaise au travail qui est pointé du doigt et, dans ce cas précis, toutes les réorganisations que la Poste a connu depuis 10 ans.
La direction régionale de La Poste indique de son côté : «Nous avons été très attristés d’apprendre le décès de cet agent au domicile de ses parents mercredi. Elle était en congé longue maladie depuis trois ans. Dès que nous avons appris ce décès, nous avons mis en place une cellule psychologique pour soutenir ses collègues. Nous présentons nos plus sincères condoléances à sa famille». Pour les syndicalistes, qui présentent à la famille de la part des postiers leurs plus sincères condoléances, ce geste démontre malheureusement l’augmentation réelle de la souffrance au travail, avec une entreprise en pleine mutation vers le privé. Rationalisations, réorganisations, mutualisations, autant de mots qui, sous couvert d’une efficacité accrue, mettent en réalité à mal les conditions de travail des agents.

Isabelle Vitté