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Steva: le dernier avertisseement

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Quelques jours après avoir appris l’indigence des solutions de reprise de leur entreprise, les 114 salariés de l’entreprise Steva de Bessines (87) ont tous manifesté hier. Avec une opération escargot sur l’A20 avant une distribution de tracts à La Croisière (23). Une opération qualifiée de «gentille» car le ton pourrait vite se durcir.

 Si l’on pouvait craindre de l’abattement après l’absence d’offre de reprise digne de ce nom, les salariés de Steva ont plutôt montré hier la volonté d’en découdre.«Pour l’heure c’est une action gentille mais ce sera la dernière», tonne Bruno Grimaux (FO). L’opération escargot de Bessines à La Croisière puis le blocage du carrefour pour une distribution de tracts apparaissent ainsi comme une dernière sommation avant des actions «beaucoup plus grandioses». Pour les 114 salariés qui se sont tous mobilisés hier, la seule lettre d’intention présentée par le groupe Bowden au tribunal de commerce de Lyon n’est pas raisonnable. «S’il s’agit de transformer notre entreprise en simple site de production en faisant une croix sur les métiers du développement, ça ne tiendra pas, estime Bruno Grimaux. D’autant que les conditions de reprise actuellement présentées supposent d’importants sacrifices pour le peu de salariés qui seraient conservés. «On parle notamment de supprimer la prime de vacances et de ne payer notre 13e mois qu’au prorata des mois où le nouveau repreneur arrivera. Cela veut veut dire qu’on perdrait de 9 à 10/12es de ce 13e mois. Ce n’est pas acceptable.»Au gré de neuf changements de noms opérés ces dernières années, Steva Limousin a déjà vu son effectif fondre de plus de moitié. «Avec les trois derniers plans, on a perdu beaucoup de monde, déplore  Eric Benoiton, secrétaire du CHSCT pour FO. Altia a fait beaucoup de mal en rachetant les bâtiments pour rien du tout puis en créant une SCI et en se versant des loyers à hauteur de 250.000 euros par an. Les gens comme ça, ils ont l’argent, ils ont le pouvoir et ils sont intouchables. Au tribunal, ils n’étaient pas là mais ils étaient défendus par une dizaine d’avocats.» Dans un contexte de ras-le-bol, de démotivation mais aussi de colère des employés parce qu’«aujour-d’hui, chacun de nous est sur la sellette», Eric Benoiton sait aussi que les candidats à la reprise «font durer le plaisir, pour récupérer le plus de pognon possible.»Une situation particulièrement pénible à supporter. Avec 31 ans de boîte au compteur, Jean-Michel se souvient de l’époque où «c’était une entreprise familiale, on savait pour qui on travaillait. Puis, on a été jugé trop petit et on nous a dit qu’il fallait nous rapprocher des grands groupes. Alors, les financiers et les fonds de pensions ont débarqué et ça  a été le début des problèmes.» A 53 ans et neuf années au moins avant la retraite, il sait qu’il est «dans une tranche d’âge où ce n’est pas facile de retrouver du travail. Et puis on a notre vie ici. Je sais bien que notre cher président dit qu’il faut être mobile mais il faut comparer ce qui est comparable.» Car avec un petit salaire, changer de région est un pari bien audacieux pour un ouvrier d’une usine d’emboutissage.Alors avant d’en arriver à cette extrémité, les Steva Limousin sont bien décidés à mettre la pression sur les décideurs. «On a bossé, on a cotisé, maintenant il faut nous aider. Car à force de ne plus avoir d’industries, il n’y aura plus rien du tout» estime Bruno Grimaux. Considéré quelquefois comme un peu fougueux, le salarié explique au contraire que son syndicat a permis de contenir la colère qui gronde. «Il y en a déjà qui veulent durcir le mouvement... Mais si on ne répond pas à nos demandes, on sera là à leurs côtés.»