Plus qu’un cordonnier, Guy Artiglonde «c’est un artiste»

Cela fait maintenant une trentaine d’années que la cordonnerie Artiglonde répare les chaussures avenue Georges-Dumas à Limoges. Aux portes de la retraite, qu’il n’est pressé de prendre, le maître des lieux se confie.

A cause des chaussures bon marché, qu’il vaut mieux racheter que faire réparer, les cordonniers se font rare.

Pourtant, dans l’échoppe de Guy Artiglonde, les clients sont encore nombreux. Il faut dire que l’homme a le contact facile, le geste sûr, le conseil généreux et donc la clientèle fidèle. Pour refaire une semelle, remplacer l’intérieur

d’une sandale, assouplir un cuir trop raide, ajouter la pièce idoine qui fera que le petit doigt de pieds ne sera plus source de gêne ou recoller une chaussure de foot qui commence à bâiller, c’est une bonne poignée de demandes qui, en moins d’une heure, trouvent ce matin-là la réponse adéquate dans la petite boutique de l’avenue Georges-Dumas.

Cela fait une bonne trentaine d’années que Guy Artiglonde a repris une activité qui, à cet endroit, perdure depuis au moins 100 ans. «J’ai repris la boutique il y a plus de 30 ans à un certain monsieur Patillaud, qui y est resté 36 ans. Et avant il y avait un autre cordonnier qui a exercé 38 ans. A cette époque, ils étaient plus de 80 à Limoges.» Originaire de Charente, Guy Artiglonde a commencé comme ouvrier chez James Boislevin à Angoulême, déjà dans la chaussure. «On faisait des moules à injecter, il fallait notamment étudier les épaisseurs des couches de cuir. J’avais 17 ans et demi et d’ordinaire, en-dessous de 18 ans, on était payé 10% de moins. Mais mon patron m’a dit : “Comme tu travailles aussi bien que les autres, je vais te payer de la même façon”.» Arrivé à Limoges, Guy trouve une place chez Perfecta : «On travaillait pour Heyraud, Weston, Paraboot. On faisait aussi de la pantoufle, des chaussures de danse.» Mais un beau jour, l’ouvrier donne sa démission et devient cordonnier. «Ce qui me plaît, tu vois, c’est le contact humain, explique Guy. Chez lui, le tutoiement est immédiat. Dans sa clientèle, nombreux sont ceux qui, en passant n’hésitent pas à pousser la porte juste pour tailler le bout gras de 5 minutes ou une demi-heure... «Après, c’est agréable de toucher le cuir. Bien sûr entre ressemeler une Weston et coller un patin, ça fait deux. Mais paradoxalement, au temps passé, le plus intéressant n’est pas le plus rémunérateur. Ce qui est bien, c’est qu’on ne fait pas toujours la même chose. Dans une usine, celui qui monte les talons, il fait ça 8 heures par jour et toute sa vie. Moi, je passe d’un truc à l’autre. Et parfois, il faut un peu réfléchir.» Sur lui, Antoine Bontemps conseiller habilleur spécialiste en costume de cérémonie, ne tarit pas d’éloges : «Artiglonde Ce n’est pas un simple cordonnier, c’est un artiste.»

Plutôt modeste («Je n’aime pas les gens qui disent qu’ils font mieux que les autres. Y’a toujours quelqu’un de meilleur que toi»), Guy Artiglonde sait pourtant s’aventurer avec succès sur des terrains singuliers : «Un jour, un restaurateur de Saint-Léonard qui donnait un peu dans le spectacle m’a demandé de lui confectionner des chaussures de clowns.» Le cordonnier accepte de relever le gant. «A sa mort, sa femme m’a rapporté les chaussures de clown de son mari m’expliquant que c’était trop dur de les voir. Je les ai mis un moment en vitrine puis, une fois le chagrin éloigné, cette dame est revenue et m’a demandé si elle pouvait les reprendre... Bien sûr que je les lui ai données. C’étaient les siennes.»

Spécialiste de la réparation, Guy Artiglonde vend aussi des modèles neufs. «Au départ, j’avais choisi du haut de gamme mais à Limoges, tout le monde veut du Weston. Et puis, j’ai trouvé un modèle intermédiaire, de bonne qualité mais moins cher.» Quatre modèles au début, une bonne vingtaine aujourd’hui, loin du prêt-à-chausser chinois en synthétique qui de loin, «fait impression mais quand tu t’approches, tu vois bien que c’est pas du cuir et ça pue.» Lui sait, mais combien se font avoir : «Y’a des gens, ils savent même pas que ça existe les cordonniers. Dès qu’il y trou dans la semelle, ils jettent.» Guy, lui, fait de la résistance. «La retraite ? J’aimerais bien continuer un peu plus loin.» Tant qu’on aime et que ça marche...