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Les Arméniens votent pour l'acte II de la révolution de velours

LÉGISLATIVES

Les Arméniens sont appelés aux urnes dimanche pour des élections législatives anticipées voulues par le Premier ministre réformateur, qui espère obtenir la majorité et renforcer ainsi son pouvoir quelques mois après être arrivé à la tête de ce pays du Caucase grâce à un soulèvement populaire.
Arrivé au pouvoir en Arménie en mai dernier après avoir mené pendant plusieurs semaines des manifestations massives contre le gouvernement au pouvoir depuis plus de dix ans, Nikol Pachinian ne contrôlait pas le Parlement, encore largement acquis au Parti républicain de l’ex-président Serge Sarkissian. Or, les prochaines élections législatives n’étaient prévues qu’en 2022.
L’ex-journaliste a donc organisé une manoeuvre politique pour permettre l’organisation d’élections anticipées. Après avoir annoncé sa démission, il s’est mis d’accord avec les députés pour qu’ils échouent deux fois consécutivement à élire un nouveau chef de gouvernement : un prétexte pour la dissolution du Parlement et la convocation d’élections législatives anticipées. Le scrutin a été fixé au 9 décembre.
« Un processus révolutionnaire inachevé, une incertitude politique entravent le développement économique de l’Arménie », a justifié Nikol Pachinian, qui garde le poste de Premier ministre par intérim, lors d’un rassemblement de ses partisans la semaine dernière.
Il a également promis d’organiser « les meilleures élections que l’Arménie a jamais vues », « conformes aux normes internationales » : « nous devons empêcher tout recours à des ressources administratives, au bourrage des urnes et à l’intimidation des électeurs ».
Euphorie révolutionnaire Outre sa croisade contre la corruption – de l’armée ou des douanes jusqu’aux écoles –, le quadragénaire prône une « révolution économique » dans un pays où quelque 30% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, selon les statistiques officielles. « Nous allons transformer l’Arménie en un pays industriel, un pays de hautes technologies, orienté vers les exportations », affirme-t-il.
Selon les analystes, Nikol Pachinian, considéré comme un héros national pendant les protestations antigouvernementales du printemps, s’est plié en deux pour organiser ces élections anticipées alors qu’il est au sommet de sa popularité.
En septembre, le bloc de Nikol Pachinian a remporté une victoire écrasante aux élections municipales d’Erevan, en recueillant plus de 80% des voix dans la capitale arménienne où habitent environ 40% de la population de l’Arménie.
« Les élections ont été convoquées dans la vague d’une euphorie révolutionnaire », analyse le sociologue Guevorg Pogossian. Mais de prévenir
: « après le scrutin, ce sentiment va inévitablement s’amenuiser, et Pachinian et son équipe devront faire face à la réalité ».
Alors que beaucoup d’Arméniens portent toujours de grands espoirs pour le gouvernement de Nikol Pachinian, certains commencent en effet à se plaindre du peu de progrès réalisé depuis son arrivée au pouvoir.
« Je vais voter pour Pachinian, parce que je crois qu’il mettra en prison tous les fonctionnaires corrompus qui ont pillé l’État pendant des années
», assure Iveta Bakhchian, une vendeuse de fleurs de 43 ans à Erevan. Mais, de son côté, Simon Martirossian, un retraité de 67 ans, lance qu’il ne votera pas pour le bloc de Nikol Pachinian qui a selon lui « échoué à obtenir des résultats palpables ». « Rien n’a changé dans ma vie au cours de ces sept mois de règne de Pachinian », souligne-t-il.
Les bureaux de vote ouvrent dimanche à 8h et ferment à 20h (11h à 23h en France). Il faudra cependant attendre lundi matin pour connaître les premiers résultats. AFP