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Un peu d'ordre dans le chaos de Kaboul

AFGHANISTAN.

Dans la ruelle qui serpente entre les murs de terre du Vieux Kaboul, Wakil Mohammad Saddeq insiste pour honorer ses visiteurs d'une tasse de thé. «Vous êtes les premiers à nous proposer de l'aide sans réclamer d'argent!»
Kaboul, dont les limites ont été sans cesse repoussées par l'afflux de déplacés et une démographie dynamique (les deux tiers de la population afghane ont moins de 35 ans), est un cauchemar urbain posé sur une plaine à 2.000 m d'altitude, recouvert par la poussière des derniers contreforts de l'Hindu-Kush qui la cernent.
Le gouvernement afghan a entrepris d'y mettre de l'ordre en régularisant l'occupation sauvage des logements et des parcelles, qui concerne 85% des habitations dans la capitale.
«Ici, l'urbanisation a été guidée par les conflits et les crises humanitaires», rappelle Koussay Boulaich, responsable de la communication de l'agence Onu-Habitat, maître-d'oeuvre du projet. «L'unique tentative de planification urbaine date des Soviétiques» à la fin des années 70, relève-t-il.
Kaboul compterait aujourd'hui plus de quatre millions d'habitants. En quarante ans de conflits, la capitale afghane a vu s'accrocher au flanc de ses collines de nouveaux arrivants chassés par les combats, qui ont créé des quartiers sans plan ni cadastre.
La majorité d'entre eux vit sans filet, à la merci d'une éviction du jour au lendemain, et l'afflux continue: depuis début 2015, les villes afghanes ont reçu plus de 2,5 millions de déplacés de guerre et réfugiés de retour d'exil.
«Sur les 255.000 propriétés déjà évaluées à Kaboul par Onu-Habitat, seules 15% disposent d'un titre de propriété valide. 41% présentent des documents sans valeur légale et 44% pas de document du tout», reprend M. Boulaich.
En lançant sa réforme foncière, le président Ashraf Ghani veut donc mettre de l'ordre dans la capitale et la doter pour la première fois de son histoire d'un cadastre. Un dé-cret entré en vigueur en février garantit la délivrance d'un certificat d'occupation au résident qui peut prouver qu'il est là depuis au moins 15 ans en l'absence de propriétaire identifié.
«D'expérience, si un propriétaire existe, qu'il soit en Allemagne ou aux Etats-Unis, il se manifeste dans la semaine, alerté par le voisinage», sourit M. Wahab.
Toc-toc, son équipe d'enquêteurs se présente dans une maison fleurie, protégée par un portail rutilant. Salim Ahmad, le propriétaire, a été tué l'an dernier par les talibans. C'est son beau-père qui vient justifier la propriété du terrain. Mais cette acquisition n'a jamais été validée, les titres plastifiés avec soin n'ont aucune valeur...
Le président Ghani a déjà distribué les premiers certificats à Kaboul, Herat (ouest) et Jalalabad (est): pour la première fois dans l'histoire du pays, ils sont octroyés au même titre aux femmes qu'aux hommes. Pour le moment, les femmes représentent à peine 5% des propriétaires reconnus en Afghanistan, selon Onu-Habitat).
Après tant d'années de conflit, «beaucoup pensent qu'ils n'ont aucun intérêt à nous faire confiance. Que le safayi ne leur apportera rien», confie Hellay Ishaqzai, 25 ans, enquêtrice du district 7.
Pourtant, une campagne de sensibilisation porte ses fruits en associant la population des quartiers à l'utilisation des fonds récoltés: les femmes, les vieux, même les enfants peuvent se prononcer pour une route, une école, un jardin...
Depuis novembre, 1,4 million de dollars ont déjà été collectés, selon M. Wahab. Pour encourager les payeurs, le premier quartier qui aura réglé 100% des safayis (7 à 14 dollars en moyenne par famille) touchera une dotation supplémentaire de 75.000 dollars pour réaliser ses projets.
Dans le plus vieux quartier de Kaboul, la famille de Wakil Mohammad Saddeq l'a acquitté pour la première fois en 90 ans, déboursant 800 afghanis pour l'année (moins de 12 dollars). Il s'en réjouit: «On va nettoyer les rues, évacuer les eaux sales et peut-être avoir une clinique sur le terrain vague en bas...»