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L’alliance du caïman et des loups symptôme de la crise politique transalpine

ÉLECTIONS. Les Italiens votent dimanche pour renouveler le Parlement. La coalition droite-extrême droite pourrait arriver en tête, sans majorité pour gouverner. À gauche, émerge un nouveau mouvement, Potere al popolo.

ITALIE
Des années de berlusconisme et la conversion toute honte bue du parti démocrate (PD) - actuellement au pouvoir - qui a troqué l’idéal égalitaire au profit du libéralisme, ont fait de la politique italienne un champ de ruines durant ce dernier quart de siècle. Au point qu’un tiers des quelque 50 millions d’électeurs pourrait boycotter dimanche les élections du Parlement.
Les Italiens paient le prix fort de l’effacement total du paysage institutionnel d’une gauche vraiment de gauche capable d’impulser des progrès sociaux. A force de cure d’austérité et de réformes rétrogrades notamment du travail, la péninsule est championne des inégalités
et compte 10, 4 millions de pauvres. Le taux de chômage des 25-34 ans est supérieur à 17%. Un contexte social qui fait de la 4e économie
européenne un pays en crise politique, économique et morale.
C’est dans ce contexte que se tiennent les élections et sur ce terreau que les discours racistes et la démagogie ont prise. Selon les ultimes
sondages - interdits depuis mi-février - la coalition de la droite de Silvio Berlusconi (inéligible mais omniprésent), Forza Italia, et de l’extrême droite de la Ligue du Nord, emmenée par son nouveau leader, le neo-fasciste Matteo Salvini, pourrait arriver en tête et rafler une bonne partie des sièges. L’alliance du caïman (un des surnoms de Berlusconi) et des loups fascistes (Fratelli d’Italia fait aussi partie de la coalition) a pour proposition principale d’expulser les migrants. Mais le mode de scrutin - mélange de scrutin majoritaire et proportionnel (lire ci-dessous) - priverait cette alliance d’une majorité en capacité de gouverner le pays. Il faut en effet atteindre 40% pour y prétendre.
D’où l’hypothèse d’une recherche d’alliances soit avec le PD soit avec le parti de Beppe Grillo.
Car le mouvement 5 Etoiles (M5S) a aussi le vent en poupe et peut, dimanche, devenir le premier parti d’Italie, derrière la droite et l’extrême droite. La formation populiste met en avant une nouvelle figure, Luigi Di Maio, qui pour se crédibiliser a présenté un gouvernement fantôme essentiellement technocratique.
Au centre-gauche justement, le PD est lui à la peine, à l’image de l’ensemble de la social-démocratie européenne. L’ancien Premier ministre Matteo Renzi mène campagne avec l’entrain qui le caractérise mais ce tour de piste pourrait être le dernier pour l’ancien maire de Florence qui a dû démissionner fin 2016 et fut remplacé à la tête du gouvernement par Paolo Gentiloni. Il est concurrencé en son sein par une coalition plus ancrée à gauche, « Libres et Égaux », dirigée par l’ancien juge anti-mafia et ex-président du Sénat, Pietro Grasso.
Si Renzi a aussi réussi à construire une coalition avec le petit parti radical de Emma Bonino, cette dernière, avec ses listes « Europa+», pourrait dépasser les 3% ce qui lui permettrait de créer un groupe parlementaire à part entière et affaiblir le PD. Les sociaux-démocrates se sont aussi alliés au centriste Pier Ferdinando Casini, héritier de la démocratie-chrétienne et qui fut un des alliés de Berlusconi.
Casini se présente en Emilie-Romagne, région traditionnellement de gauche. Tout un symbole de la collusion droite/gauche.
32 heures et retraite à 60 ans Un autre des enjeux de ces élections législatives de dimanche sera d’observer les premiers pas d’un nouveau mouvement de la gauche radicale, Potere al popolo (pouvoir au peuple), né fin 2017 à Naples. Les élections seront un premier test pour cette formation qui s’est construite sur le refus d’alliance avec le PD et, surtout, qui souhaite proposer autre chose que les partis « traditionnels ». Écologistes, communistes et militants de centres sociaux autogérés font partie de ce mouvement qui devra dépasser le seuil des 3% pour avoir une visibilité institutionnelle sur le plan national.
Parmi ses propositions : la réduction du temps de travail à 32 heures par semaine, la retraite à 60 ans, la re-nationalisation des services de l’eau ou encore la création d’un pôle financier public. Un programme électoral qui signifie que la gauche italienne pourrait, peut-être, renaître de ses cendres.
Françoise Verna