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Toujours plus loin dans l’escalade autoritaire

DROITS DE L’HOMME. A l’intérieur et à l’extérieur, la politique d’Ankara se fait de plus en plus répressive. Illustration avec le procès du président d’Amnesty et la Syrie.

TURQUIE
Il aura fallu moins de vingt-quatre heures pour assister à un revirement de situation qui en dit long sur le contexte de répression qui règne en Turquie.
Mercredi dans la journée est tombée la nouvelle de la liberté conditionnelle du président d’Amnesty dans ce pays. Si l’ONG et ses partisans ne niaient pas que l’acquittement n’était pas acquis pour autant, ceux-ci saluaient néanmoins cette première étape. Une satisfaction de courte durée. Dès le jeudi, la même cour est revenue sur ce jugement et a finalement décidé que Taner Kiliç demeurerait en détention tout le temps que durerait son procès, dont la prochaine audience est prévue le 21 juin.
Un coup de théâtre qui n’est pas sans susciter des interrogations et de l’indignation. « Le tribunal a changé d’avis... Pourquoi ? Qui sait, aucune raison n’a été donnée », a ainsi commenté, via un Tweet, Gauri van Gulik, directrice du programme Europe à Amnesty International.
« Pas de leçon » à recevoir de Paris Arrêté en juin 2017, le président d’Amnesty International en Turquie est emprisonné depuis cette date. Comme une dizaine d’autres prévenus, il lui est reproché d’avoir participé aux activités d’une « organisation terroriste », et notamment d’appartenir au mouvement du prédicateur Fethullah Gülen, désigné par Ankara comme le cerveau du putsch manqué
de l’été 2016. Une accusation que Taner Kiliç ne cesse de réfuter.
Or, depuis le putsch en question, le président Recep Tayyip Erdogan a une fâcheuse tendance à voir des terroristes partout. A l’intérieur comme à l’extérieur. En Turquie, la « purge » s’est jusqu’ici soldée par l’arrestation de 55 000 personnes, parmi lesquelles essentiellement des journalistes critiques et des acteurs de la société civile.
En dehors de ses frontières, Erdogan s’est engagé dans une expédition punitive en Syrie. La mal nommée opération « Rameau d’olivier », lancée le 20 janvier dans le canton d’Afrine, situé dans le Nord-Ouest, vise à déloger les Kurdes des Unités de protection du peuple (YPG). Des combattants qui se sont pourtant illustrés dans la lutte contre les extrémistes de l’Etat islamique.
La communauté internationale a eu beau s’émouvoir et appelé Ankara à la raison, Erdogan demeure inflexible.
Hier encore, le pouvoir turc a renvoyé Paris dans ses cordes. Dans un article du Figaro, le président français Emmanuel Macron a en effet
mis en garde la Turquie contre toute intention d’« invasion » de la Syrie. Ce à quoi Mevlüt Cavusoglu, ministre turc des Affaires étrangères,
a vertement répondu : « La France, ni aucun autre pays, ne peut donner de leçons à la Turquie. Ils savent très bien ce qu’est l’objectif de cette opération. » Ajoutant : « Nous ne sommes pas la France, qui a envahi l’Algérie. » Au-delà du dossier syrien, Ankara n’apprécie visiblement
pas l’initiative de la France d’inscrire au calendrier une « journée pour la commémoration du génocide » arménien de 1915.
A.M. avec AFP

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