Eymoutiers, point de convergence

Festival littéraire Les Ecrits d'Août

Le festival littéraire Les Ecrits d’Août s’est terminé lundi dans la cité pelaude et le bilan a été très positif pour les organisateurs au vu du public venu rencon-trer les auteurs et échanger avec eux. Ce dernier jour, «jour des luttes», a été marqué par la venue d’auteurs de renom dont Alain Damasio, Frédéric Lordon, Hervé Le Corre entre autres.

Ecrivains de romans noirs ou penseurs, tous ont pour point commun de parler de la société telle qu’elle va ou plutôt, ne va pas du tout.

Dès le début de la journée, Hervé Le Corre a donné la couleur par ses romans noirs sur des faits historiques qu’il a romancés : celle de la Résistance et des luttes. Marqué dès le plus jeune âge par l’engagement de ses parents Résistants durant la Seconde Guerre mondiale, il a écrit des romans autour de moments qui ont fait l’histoire mais en changeant de focale, en donnant la voix à ceux qui ont été opprimés. Ses romans peuvent avoir pour cadre la Seconde Guerre mondiale, celle d’Algérie mais également la Commune de Paris qui fut réprimée dans le sang en 1871. Deux anciens professeurs, à la faculté pour l’un et en classes prépatoires pour l’autre, ont éclairé brillamment cette rencontre.

Grâce aux lectures de Marc-Henri Lamande et aux chants de Cathy et Jacques, cette rencontre a résonné dans les oreilles des auditeurs.

Convivialité et échanges

Après un repas partagé organisé par le groupe des Gilets jaunes de la Montagne limousine auquel s’étaient joints d’autres Gilets jaunes, moment de partage et de paroles d’auteurs et de Gilets jaunes, le festival s’est poursuivi avec Marin Ledun, un syndicaliste de SUD, qui était aux premières loges, si l’on peut dire, de la violence au travail à France Télécom, car il y travaillait durant la période où de nombreux suicides au travail ont été dénombrés. Ayant écrit un mémoire sur l’idéologie de l’information et pour s’extraire de ce climat nauséabond, il a décidé d’écrire des romans noirs dont les plus récents, «Salut à toi ô mon frère» et «La Vie en Rose», sont une dénonciation des travers de la société mais sous un angle pouvant paraître humoristique ou plus précisément, caustique. Au départ, comme il l’explique également, lui comme bien d’autres, ne pensait pas que le mouvement des Gilets jaunes puisse être une émergence sociale importante mais maintenant, il le soutient comme étant le signe d’un réveil populaire ; c’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle il s’attache à rendre accessibles ses romans et à les populariser.

Un constat unique,

plusieurs réponses

et formes de résistance

Dans son dernier opus, Les Fugitifs, Alain Damasio évoque la lueur d’espoir que constitue la création d’îlots comme, par exemple, les ZAD ou les Gilets jaunes, qui, en s’agglomérant, pourrait être une réponse face à l’adversité de la société.

Frédéric Lordon pense, lui, que le problème c’est le capitalisme : immiscé dans toutes les sphères de la société, il faut combattre. Ce capitalisme pourrait vivre un Grand Soir comme l’Acte III des Gilets jaunes aurait pu le laisser imaginer [l’Acte III a été marqué par l’irruption de plusieurs Gilets jaunes dans les quartiers les plus protégés de la capitale - ndlr].

Si la réponse diffère, le constat est identique : la société actuelle est malade voire moribonde. Cela rend nécessaires des formes de résistances quelles qu’elles soient car un cap a encore été franchi avec la régression du degré de liberté qui pouvait exister dans les années 1970, par exemple, et qui a commencé à être tronquée dès les années 80. Un signe : la régression de la liberté d’expression, celle de la presse et celle de ses dessinateurs. Comme l’explique David Dufresne, le smartphone peut être appréhendé de deux manières opposées : en permettant de filmer des actes qui peuvent être répréhensibles, il constitue une forme de résistance car il permet à chacun d’agir furtivement et ainsi, devenir lanceur d’alerte. A contrario, il peut également être un moyen de dénonciation comme l’a expliqué un témoignage dans l’assistance.

«L’héritage de la Résistance de la Seconde Guerre mondiale et du CNR qui en a découlé est de plus en plus mis à mal.» Tous s’accordent néanmoins sur le fait que la Résistance lors de la Seconde Guerre mondiale n’est en aucun cas comparable à l’actuelle ; mais que cette dernière est indispensable pour sortir de cette spirale qui conduira, selon eux, inexorablement, à des conflits plus importants encore.

La soirée s’est poursuivie par un spectacle symbolisant la défense de la langue française face à des déformations langagières à la Font-Macaire et un banquet final en musique avec Jaap Mulder et son fils.

Cette première édition du festival a reçu des financements principalement de la mairie, de la DRAC Nouvelle-Aquitaine, de l’Europe via le fonds FEDER, du pays Monts et Barrages ; elle n’aurait pu avoir lieu, non plus, sans les nombreux bénévoles.

 

Photo : Quatre brillants penseurs à la table : Serge Quadruppani, Alain Damasio, David Dufresne et Frédéric Lordon. (Photo C.P.)