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Mobilisés contre la dégradation de la prise en charge des mineurs

Venus de toute la France à l’appel d’Inter FSU 87, les travailleurs sociaux ont hier produit une motion réclamant entre autres un traitement égalitaire de l’aide sociale à l’enfance et la nécessaire augmentation des moyens.

Ce sont des situations rarement encourageantes, le plus souvent affligeantes dont sont venus hier témoigner quelque 150 travailleurs sociaux réunis par Inter FSU 87 à Chéops (la Région ayant retiré son autorisation d’accès à la salle des conférences du boulevard de la Corderie après l’occupation des anciens locaux du CRDP pour accueillir des migrants).

Pour le juriste Christophe Daadouch, la crise de l’aide sociale à l’enfance est d’abord la conséquence d’un contexte législatif non contraignant. «La protection de l’enfance relève de la libre administration des collectivités locales [en l’occurrence, des départements]. Chacun fait ce qu’il veut. Ensuite, les usagers, placés dans une situation de culpabilité, ne connaissent pas leurs droits. Enfin, les travailleurs sociaux sont isolés. La question est : comment donner du sens à leur travail quand les institutions n’en donnent pas et bafouent les règles de droit ?» Et quand une action en justice permet d’obtenir gain de cause, les moyens manquent pour faire appliquer la décision du juge. «Je vais être cynique mais on en vient presque à espérer un drame pour que les choses bougent.»

A ce titre, un récent reportage de France 3 a conduit le gouvernement à... nommer un secrétaire d’Etat. «Mais Adrien Taquet [le secrétaire d’État en question] fait du "suractivisme", plaisante Julien Capelle. Il va partout... où ça va bien. Il est dans une réalité virtuelle alors que, dans certains départements, l’accueil des jeunes majeurs n’existe même plus.» Pour les mineurs à la rue, on octroie parfois un hébergement d’urgence, expliquent les travailleurs sociaux, «comme cette Ivoirienne de 17 ans envoyée dans un hôtel de passe d’où elle ne pouvait même pas se rendre à l’école. Une façon peut-être de lui indiquer un avenir tout tracé : la prostitution.» Il y a aussi les placements familiaux «où on change un jeune quatre fois de famille en un mois. Parfait pour se reconstruire»

C’est dans les années 2000, avec la loi «très perverse» des droits des usagers que la situation s’est largement dégradée. Parce qu’on évite au maximum de retirer les enfants à leurs parents mais que, économies obligent, les dispositifs de prévention ne sont pas à la hauteur. «Chez nous, dans le Maine-et-Loire, les assistants d’éducation en milieu ouvert ont en charge 32 enfants : ils ne peuvent donc même pas les voir une fois par mois», illustre Julien Capelle. «La prise en charge à domicile plutôt que le placement, parce que ça coûte moins cher», récapitule Thibault Nanchin. Mathilde Harmand, éducatrice spécialisée confirme : «On ne se fait aucune illusion sur les intentions du gouvernement : les travailleurs sociaux, comme l’Education nationale, sont considérés comme un coût.» Le maître mot aujourd’hui dans les associations intervenant dans ce champ, c’est la baisse du prix de journée. D’environ 200e la journée, on tombe aujourd’hui à 60e et même «8e avec aucun agrément et des bénévoles pour l’encadrement. Où sont les garanties pour les enfants ?», questionne Christophe Daadouch.

Face au compréhensible découragement des professionnels, Didier Dubasque invite à «fédérer, impliquer les travailleurs sociaux isolés, donner de l’air et voir les stratégies à mettre en place.»

Parmi les initiatives, le colloque d’hier «une manière d’être force de propositions et de mobilisations, indique Jenny Bartholomew (Inter FSU, conseil départemental de la Haute-Vienne). On a ainsi rédigé une motion qui demande le retour d’une politique des droits, l’augmentation du nombre de places et des effectifs, un statut protecteur pour les assistants familiaux et un traitement égalitaire sur l’ensemble du territoire.»

Jérôme Davoine