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«Nourrir au front», histoire du ravitaillement en 1914-1918

Exposition

Nicolas-Jean Brehon n’est pas un historien. Une fois la retraite venue, inquiet pour son avenir, il passe un CAP cuisinier. Guère doué pour la popote, il se passionne en revanche pour la cuisine du XIXe siècle. De fil en aiguille, il en vient à s’intéresser au ravitaillement et à l’alimentation des soldats de la guerre de 14 et, durant 2 ans, amasse un grand nombre de documents notamment photographiques. Un travail qui a donné lieu à une exposition officiellement réalisée par l’association «Comme en 14» et le ministère de l’Economie et des Finances et déjà «présentée dans vingt-huit sites en 2 ans».

A Limoges, cette exposition historique riche en photographies et quelque peu iconoclaste est visible jusqu’au 21 mai, au musée de la Résistance. «Au-delà du mémoriel, c’est ici un musée d’Histoire, justifie Philippe Pauliat-Defaye, l’adjoint au maire chargé de la culture. C’est un sujet original qui nous dit notamment comment ce lien se crée, à travers l’alimentation, entre le soldat au front et l’arrière. L’exposition montre le quotidien à travers ce moment où on échappe à la guerre.»

Le commissaire de l’exposition Nicolas-Jean Brehon explique l’importance des colis envoyés par les familles aux soldats. «Les Allemands en reçoivent très peu et seront beaucoup plus touchés par les pénuries alimentaires. En 1917, le pain allemand contenait 7% de farine de peuplier, c’est-à-dire de sciure de bois.» Revenant en détail sur l’organisation du ravitaillement et «ce moment dangereux où, sans arme, l’homme de corvée est chargé de revenir vers l’arrière pour rapporter une dizaine de bouteillons. Parfois, il se perd et arrive chez l’ennemi.»

Bien sûr, au plus fort du conflit, il faut survivre. Pas le temps de manger. C’est donc sur le reste que Nicolas-Jean Brehon se concentre. «On mange beaucoup, la ration est de 750g de pain et de 450g de viande par soldat et par jour. Pendant la guerre, j’ai compris que les soldats mangent toujours mieux que les civils. Le vin est très présent et coule à flot, jusqu’à plus d’un litre par jour.» Le riz complète l’ordinaire. Mais «450g de viande c’est trop pour ces soldats français issus de la paysannerie qui ne sont pas habitués à en manger autant. Et puis, c’est mal cuit. Donc les soldats jettent de la viande, ce qui attire les rats... En réalité, le soldat tient avec le pain et le vin.» Et les colis qui viennent de l’arrière remplis de charcuterie, de foie gras, de riz au lait, de chocolat. Chocolat que, lors d’une rare fraternité, à la Noël 1914, on échangera avec les Allemands, contre des cigares.

Mais même si les survivants de la Grande Guerre auront, côté français, pris plus d’un 1kg de masse corporelle en plus, ils ne font pas non plus ripaille. «On vous dit que le soldat mange bien et que d’ailleurs, il jette les restes. Ce n’est pas difficile : ce qu’on nous donne est immangeable. Dernièrement, on nous a servi une soupe que même les chiens n’auraient pas mangé», tranche un témoignage de poilu. Et puis, le régime alimentaire imposé, peu équilibré, conduit à des désordres digestifs. «Il y a aussi un problème de mastication, 90% des soldats ayant de mauvaises dents ce qui induit des maladies, des caries», explique le commissaire lors de cette exposition qui alimente un peu plus la quelque peu indigeste production commémorative débutée en 2014.

J.D.

 

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