Des vestiges gallo-romains presque partout dans le secteur

Gérard Coulon, référence en matière d’histoire gallo-romaine dans l’Indre a donné une conférence dimanche à La Châtre.
Dans un exposé magistral, Gérard Coulon, auteur de plusieurs ouvrages historiques dont la plupart porte sur la Gaule romaine, invité à en parler par l’association des Amis du vieux La Châtre, ce qu’il a fait dans une salle pleine au point que tout le monde n’a pas trouvé de siège, après avoir quelque peu débroussaillé la vérité historique parmi les élucubrations émises par des écrivains imaginatifs mais à la totale ignorance ou par fallacieuses déductions pseudo-intellectuelles, a choisi de découper son propos en quatre thèmes : les voies romaines ; l’occupation des sols ; les divinités et les sanctuaires ; les sépultures et les monuments funéraires.
Il en ressort que, dans le secteur de La Châtre, la principale voie romaine permettait de voyager, en suivant un tracé assez droit mais dicté par la topographie, de Poitiers à Clermont-Ferrand en passant par Argentomagus (Argenton-sur-Creuse) et Médiolanum (Châteaumeillant).
Dans cet axe, en se basant sur le plan actuel des découvertes, La Châtre (nom issu du terme « castra » désignant une place forte), même si sa fondation est bien prouvée avant le temps de César et de Vercingétorix, et bien qu’elle arbore un blason « de sinople aux trois pavillons (tentes) d’argent » semblant évoquer le passage de l’un ou de l’autre, et que deux de ses ponts (dits « aux Laies » et du « Lion d'Argent ») paraissent quelque peu d’architecture romaine, n’aura pas été un lieu d’une grande importance au point d’y voir séjourner ces deux grands hommes de guerre.
Par contre, les communes des alentours ont gardé des vestiges, des ruines, des pierres sculptées ayant été réemployées pour bâtir des églises dont celle de Lacs, qui s’orne extérieurement des gravures des dieux Apollon et Mercure et de la déesse Vénus.
« Détective de
l’histoire »

Non loin, il a été mis au jour une colonne surmontée d’une statue équestre de Jupiter terrassant une sorte de monstre qualifié d’anguipède (c’est-à-dire en forme de poisson). Dans la région Centre-Val de Loire, 128 sanctuaires gallo-romains ont été recensés dont 33 dans le Cher et 24 dans l’Indre, ce qui représente pour notre Berry 44,5 %.
Souvent implantées au bord des voies romaines, dans l’espoir d’un dialogue entre les vivants et les morts illustré par l’épitaphe: « Passant, arrête un peu tes pas, prononce mon nom, et tu me verras revivre », des nécropoles ont été fouillées, la pratique de l’incinération et du dépôt des os et des cendres dans une urne de pierre a été mise en évidence.
Monument funéraire
et sphinge
À Néret, un monument funéraire ceint d’un enclos de 16,50 m de largeur sur 12,60 de large, dénotait qu’il s’agissait de la tombe d’une riche famille. Dans cette même commune, la sculpture d’une sphinge (sphinx femelle) à tête de femme, aux pattes et corps de lion, aux ailes d’aigle, a été placée au haut d’une colonne reconstituée. On peut la voir dans la cour d’un manoir situé au lieu-dit Acre.
Nous ne pouvons transmettre dans cet article la multitude de détails et d’anecdotes fournis avec à peine moins de pédagogie que de passion par Gérard Coulon, devenu un vénérable « détective de l'histoire ». En conséquence, nous vous conseillons plutôt de parcourir ses livres et de vous immerger dans un passé qui ne fait que prouver que, depuis la chute de l’Empire romain, les hommes n'ont pas inventé tellement de manières de vivre et d’apprécier un confort fait de chauffage par le sol, de bains, de gastronomie, de spiritualité...
D.B.