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Barrages, biens communs que l’Europe veut ouvrir à la concurrence

HYDRAULIQUE.

FO, CGT, CFDT et CFE-CGC : c’est en intersyndicale que cinq cents salariés de concessions hydrauliques de toute la France ont manifesté hier devant le Parlement européen à Strasbourg. Leur objectif : convaincre les eurodéputés français de s’opposer à l’ouverture à la concurrence des barrages hydrauliques réclamée par la Commission européenne.
Cette exigence est dans le droit fil de la construction d’un marché européen de l’énergie fondé sur le marché et la concurrence que la Commission s’attelle à mettre en place depuis les années 1990, dans une philosophie toute similaire à celle déclinée dans les transports qui donne lieu au débat actuel sur la SNCF pour pouvoir ouvrir à la concurrence le marché du transport des voyageurs.
Depuis 2008, la France ne cesse de promettre cette libéralisation des barrages mais, las, la Commission a lancé un ultimatum en 2015 qui arrive à échéance. « Ce n’est pas le moment de capituler devant une Commission finissante, engluée dans les scandales et fragilisée » argue
Alexandre Grillat, secrétaire national de la CFE-CGC Énergies. Pour convaincre les eurodéputés français de tenir le coup, les syndicalistes
ont de nombreux arguments.
L’absence de concurrence sur le marché électrique français avancée par Bruxelles est fausse, la France serait le seul pays à le faire, l’option ignore le volet gestion de l’eau des barrages, les missions de services publiques assurées… (lire ci-dessous).
Quelle que soit la manière d’aborder le sujet, l’ouverture à la concurrence aboutit à une impasse. La transition énergétique ? Se priver
d’un outil central. La sûreté nationale ? Idem, que ce soit pour le système électrique en général ou celui des centrales nucléaires en particulier. Les salariés ? Tous ceux qui ne travaillent pas exclusivement sur une concession - ingénierie - se retrouveraient sur le carreau.
Les contribuables ? L’État ne manquera pas de devoir « compenser » les concessions les moins rentables.
Et quid des barrages devant baisser la production ? D’autres compensations en perspective avec l’idée de devoir finalement payer pour une électricité non produite ?
D’où la question finale : pourquoi ? Parce que l’activité est rentable, que les investissements ont d’ores et déjà été faits et que les industriels qui y auraient intérêt ont, d’évidence, de puissants relais. Et quand on découvre que le gouvernement propose à la commission européenne de mettre en place des appels d’offre où une même structure ne pourrait pas remporter plus que 60 % du marché, cela ressemble à une spoliation, un partage du gâteau sur le dos des opérateurs historiques, en l’occurrence EDF. « Des opérateurs étrangers, de l’Europe ou d’ailleurs, ont déjà montré leur intérêt » assure Alexandre Grillat. Mais le syndicaliste se méfie également d’industriel français, « il ne serait pas surprenant de voir Total intéressé quand on regarde la stratégie qu’il met en oeuvre dans les énergies renouvelables ».
L’intersyndicale a réalisé hier sa première action d’envergure. Elle ne compte pas s’arrêter là et entend bien interpeller les élus comme les  Citoyens à leur devoir de protection des services publics, des biens communs et de l’intérêt général.
Angélique Schaller

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