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Air France : procès en appel et procès en interne

EMPLOIS. Alors que des salariés sont de nouveau jugés dans l'affaire de la chemise, les syndicats préparent une nouvelle grève pour une revalorisation salariale et planchent de concert sur une expertise montrant que la gestion RH du groupe a amoindri les

JUSTICE
« Un dossier monté, totalement à charge à partir de vidéos qui ont fait l’objet de montages et de ralentissements » tandis que d’autres susceptibles de disculper les accusés ont été écartées de la procédure : voici les arguments que Me Lilia Mhissen va faire valoir dans le procès en appel des salariés d’Air France pour l’affaire depuis appelée de « la chemise arrachée », qui a commencé lundi à Paris. A la barre, les trois salariés qui depuis ont été licenciés,
condamnés pour violences à trois et quatre mois de prison en première instance, un quatrième relaxé mais au sujet duquel le parquet
a fait appel et huit autres prévenus déjà condamnés à 500 euros d’amende pour dégradation sur le portail d’accès au siège, ainsi qu’à 15 jours de mise à pied avec les suppressions de salaire qui vont avec.
Les faits se sont déroulés lors d’un Comité central extraordinaire le 5 octobre 2015 où la direction d’Air France annonce 2900 suppressions de postes. Depuis la situation a singulièrement évolué. Les chiffres se sont faits positifs et une large intersyndicale exige une revalorisation des grilles salariales de 6% et appelle à la grève le 23 mars prochain, un mois après un premier mouvement qui a conduit à l’annulation de 3/4 des vols et le jour où doit être rendu le jugement dans un procès « connexe », la CGT ayant attaqué Air France et deux sociétés de sécurité
pour « immixtion dans un conflit social » à l’occasion de 5 octobre 2015 justement.
Remise en cause en « interne » de la gestion des effectifs Les 2900 suppressions de postes alors annoncées sont à resituer dans un vaste plan de suppressions d’emploi entamé en 2008. « C’était le 4e plan de restructuration, un 5e a depuis suivi. Au total, ce sont plus de 14 000 suppressions de postes » synthétise Serge Bodrero, secrétaire général CGT Air France à Marseille. Des milliers de suppressions qui n’expliquent cependant pas l’amélioration de la situation financière de la compagnie qui a fait une très belle année 2017 : le constat de la commission économique centrale qui a eu une réunion sur ce sujet hier, à laquelle le syndicaliste marseillais a participé.
« Les améliorations sont surtout liées à des éléments conjoncturels comme la baisse du prix du baril, la vente de bijoux de famille comme les parts dans Amadeus ou encore le retour des passagers qui se sont remis à prendre l’avion après les baisses liées aux attentats » détaille Serge Bodredo. Des améliorations que le syndicaliste dit même amoindries avec la politique de gestion des ressources humaines de l’entreprise : « toutes ces suppressions de postes ont créé des problèmes d’effectifs qui ont obligé à des recours à la sous-traitance, l’intérim… Des recours qui rendent l’amortissement des plans de départs volontaires (PDV) beaucoup plus long. En 2018 , nous sommes ainsi en train d’amortir les PDV de 2012 et 2013 ». D’où les appels à de nouveaux efforts de la direction et les craintes des syndicats de voir de nouvelles coupes sombres dans le plan stratégique qui devrait être présenté en juin. Une pilule d’autant plus difficile à avaler que la direction sait en revanche très bien se récompenser : « 17% de salaires en plus pour les 15 cadres du comité exécutif » en 2017 tempête ainsi Serge Bodrero.
Aussi les différents syndicats travaillent-ils à une expertise qu’ils rendront à la fin du mois à la direction dans le cadre de la commission économique. « Nous voulons d’autres choix économiques pour les salariés d’Air France » explique le Cgtiste, « nous voulons produire en interne par nos propres moyens ».
Angélique Schaller