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Blanquer surfe sur le mécontentement

ÉDUCATION. Le nouveau ministre a soumis hier ses propositions à l’avis du Conseil supérieur de l’éducation. Jouant sur le rejet des précédentes réformes par les enseignants comme par les parents, il évite de parler de son incapacité à tenir les promesses

COLLÈGE
ET RYTHMES SCOLAIRES
Son avis est consultatif mais sa tenue a au moins le mérite de mettre le ministre face aux acteurs de l’éducation : enseignants, parents, lycéens et collectivités locales.
Hier, le Conseil supérieur de l’éducation a en effet été convoqué pour dire ce qu’il pensait du décret que Jean-Michel Blanquer entend prendre concernant les rythmes scolaires et de l’arrêté qu’il concocte pour les collèges.
Pas de surprise sur le contenu, l’ancien directeur général de l’enseignement scolaire s’étant déjà largement épanché dans les médias, choisissant d’abord le Point puis Aujourd’hui en France pour distiller ces choix, sans oublier la PEEP, association de parents d’élèves classée bien plus à droite que la FCPE. Concernant les rythmes scolaires, il veut permettre le retour à la semaine de quatre jours mais... pas partout. « Dans les endroits où il y a l’insatisfaction des parents, où les enfants sont fatigués », développe-t-il dès le 3 juin lors d’une intervention à Avignon.
Mécontentement et fatigue, il joue des ressorts de l’émotion et se garde bien d’examiner le pourquoi de tant de rejet d’un projet qui visait initialement à respecter le rythme des enfants et permettre à tous d’accéder à des activités culturelles et sportives. Pas un mot en effet sur une « révolution » laissée à la bonne volonté des municipalités dont certaines se sont contentées d’une garderie à peine améliorée.
Et de laisser le dernier mot aux maires et au conseil d’école qui pourront demander à l’Académie ce retour aux quatre jours.
Pour le Snes, « cela ne doit pas faire illusion sur le fond »
Côté collège aussi, celui qui fut également recteur surfe sur la vague du mécontentement. Tout le monde a en mémoire les enseignants vent debout contre une réforme qui exigeait du pluri-disciplinaire sans s’en donner les moyens, contre la casse des classes bilangues et contre un changement des programmes dans toutes les classes imposés la même rentrée. Ici, l’option de Jean-Michel Blanquer est assez simple : les EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires)
restent, les 3 heures d’enseignement qui leur sont affectés aussi, mais plus rien n’est imposé : ni les thèmes, ni les affectations... Chacun est libre d’en disposer comme il veut. La liberté retrouvée pour les acteurs de terrain ? Pas vraiment, car derrière le « chacun » se trouvent en fait les chefs d’établissement, pas les enseignants.
Et le Snes ne s’y est pas trompé quand il a commenté : « L’étau est desserré mais cela ne doit pas faire illusion sur le fond : ce qui nous est proposé n’est rien d’autre qu’un pas supplémentaire vers d’avantage d’autonomie des établissements. » Or c’est peut-être là l’essentiel.
Pourtant, le nouveau ministre qui met un point d’honneur à ne pas revendiquer « une loi à son nom » comme il l’a fait devant les parents d’élèves toujours le 3 juin, ne dit rien de la philosophie qui l’anime. Il focalise sur des points précis comme les devoirs réalisés au collège, encadrés par des jeunes du service civique, des stages de remise à niveau fin août pour les enfants qui entrent en 6e. Beaucoup de bruit également pour affirmer qu’il revient sur l’interdiction de redoubler, qu’il veut que cela « reste possible » mais « rare ». Quelle différence avec le texte du décret de 2014 qui faisait du redoublement un outil « exceptionnel» ? Mystère. Mais tout ce tintamarre permet d’éviter l’essentiel : comment va-t-il mettre en oeuvre les classes dédoublées en CP et en CE1 dans les zones prioritaires comme s’y est engagé Emmanuel Macron en campagne ? Des recrutements sur un délai si court sont impossibles, prendre sur les effectifs de l’opération « plus de maîtres que de classes » ne sera pas suffisant et mécontentera les enseignants. Reste l’option d’attirer l’attention sur autre chose...
Angélique Schaller

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