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L’avenir sombre de la SNCF

Pointés du doigt suite aux nombreux dysfonctionnements qui ont impacté la SNCF ces dernières semaines, les cheminots craignent désormais que cela ne serve d’excuse à la remise en cause de leur statut et plus largement, que cela justifie l’ouverture programmée à la concurrence. Ce qu’ils refusent purement et simplement.

L’adage dit que lorsque l’on veut tuer son chien, on l’accuse d’avoir la rage. Pour la CGT cheminots, la SNCF applique la même méthode lorsqu’elle veut supprimer une ligne. En Dordogne, plusieurs d’entre elles sont menacées à plus ou moins long terme.
L’année qui s’ouvre s’avère décisive pour la SNCF, estime la CGT cheminots, qui tire déjà le signal d’alarme quant à l’avenir du service public ferroviaire. Car après avoir mis en place les bus Macron qui concurrencent directement les trains du temps où il était encore ministre, nul doute, aux yeux du syndicat, que le prochain combat du président de la République contre la SNCF sera la suppression du statut de cheminot et surtout l’ouverture à la concurrence du trafic voyageurs. Une crainte d’autant plus vive que d’ici la fin du mois doivent tomber les conclusions du rapport Spinetta relatif à la viabilité de la SNCF.
« On ne se fait aucune illusion », soupire Jérôme Jean, le sécrétaire général de la CGT cheminots de Périgueux. « Ce rapport n’a été commandé que pour justifier une nouvelle réforme du ferroviaire, stigmatiser les cheminots et leur statut ». Un rapport qui va tomber à pic pour l’exécutif puisqu’il arrivera quelques semaines à peine après les dysfonctionnements sévères qui ont affecté la SNCF : gares bloquées, passagers à quai, etc. « Ce service public lamentable n’est pas de notre fait, mais des politiques mises en place par l’Etat et la direction SNCF depuis des années, notamment à travers la suppression de 2 000 postes par an en moyenne », souligne Jérôme Jean. « Ils nous ont mis dans l’incapacité de faire notre boulot et de rendre un service de qualité. Or, ce sont les mêmes qui aujourd’hui viennent nous donner des leçons et qui mettent dans la tête des gens que le service public ferroviaire ne peut plus être rendu à cause du statut du cheminot, etc. »
Bref, même si le mal médiatique semble être déjà fait, les cheminots, qui rappellent au passage que leur statut permet aux passagers de voyager en toute sécurité 24 h/24 365 jours par an, mettent en garde. « L’ouverture à la concurrence est vendue comme étant la seule alternative à ces dysfonctionnements. Mais l’usager n’a rien à y gagner. Au contraire, il y a d’autres exemples ailleurs. L’ouverture à la concurrence s’est faite au détriment des tarifs et des services rendus à l’usager ». Cette ouverture à la concurrence est agitée d’autant plus fort comme un chiffon rouge qu’elle risque de s’accompagner, faute de moyens, par la fermeture des petites lignes voyageurs, dont la SNCF veut en confier la gestion aux Régions. C’est-à-dire toutes les lignes en Dordogne. « Cela n’est pas nouveau que Périgueux-Agen et Sarlat-Bergerac-Bordeaux soient menacées de fermeture. Même Périgueux-Limoges est compromis. La méthode est toujours la même. Les horaires sont modifiés et ne correspondent plus aux usages. Les trains sont alors vides et cela justifie leur suppression. C’est une politique », constate Olivier Riffet.
Or, « les usagers veulent des trains à l’heure, en sécurité et à des prix abordables ». Ce qui semble à l’heure actuelle être trop demander. D’autant qu’il faudrait encore pour cela pouvoir le dire à un guichet : dans les gares, leur taux d’ouverture, déjà réduit, devrait être encore diminué de 60 %. Idem pour les contrôleurs dont le nombre va diminuer pour être transformé par des équipes volantes. A cela s’ajoute l’état déplorable du réseau, par manque d’entretien. « Tout a été mis sur le développement de la LGV au détriment du réseau secondaire. Pour que les trains puissent continuer à circuler, il y a des ralentissements sur certains tronçons. A Agonac, le Périgueux-Limoges doit ralentir à 30 km/h, ce qui le retarde systématiquement de cinq minutes. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres », soulève Olivier Riffet.
La dernière inquiétude cheminote concerne la pérénité des Ateliers SNCF de Chamiers (réparation des voies) et de Périgueux (réparation des voitures). Concernant ce dernier, la direction régionale a assuré qu’il y aurait du travail jusqu’en 2020. Mais les cheminots restent sceptiques quant à ces promesses de charges pérénnes. « On nous parle toujours de climatisation et de sanitaires. Mais s’il ne nous reste plus que cela, nous resterons 250 contre 510 aujourd’hui et nous ne resterons plus sur les 11 hectares du site. Nous pouvons faire la même chose à Cré@vallée ou à Saint-Laurent-sur-Manoire. Et ce, dans le meilleur des cas ». Ce que voudraient les cheminots, c’est, par exemple, pouvoir assurer la maintenance des TER autorail, ce qui permettrait également de sauver le site de Saintes qui semble lui être condamné à terme.
Face à cette avalanche de mauvaises nouvelles, la CGT cheminots refuse de s’avouer vaincue. Elle appelle donc à une manifestation nationale le 8 février à Paris et organisera à la Filature de l’Isle à Périgueux le 2 mars prochain une grande réunion publique à laquelle tout le monde est convié sur la question de l’avenir du ferroviaire.

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