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Piégut au cœur d’un thriller

Edition

Isabelle Langerome publie aujourd’hui, aux éditions Pierre Philippe « Suzie Justice » un polar dont une partie de l'histoire se passe à Piégut-Pluviers.
Et ce n’est pas un hasard si Isabelle Langerome y a situé son livre, puisqu’elle y a passé toutes ses vacances étant enfant chez sa grand-mère Marcelle Lanneluc-Sanson, directrice de l’école de Piégut bien connue des habitants par son parcours professionnel et son engagement dans de nombreuses luttes sociales et politiques, qui nous a quittés en 2003. « C’est elle qui m’a donné le goût de l'écriture et de la littérature dont elle était férue et notamment des grands poètes russes. Elle était communiste. Elle avait entretenu avec Aragon une relation épistolaire et lorsque l’école de Piégut a été rebaptisée « Louis Aragon », un hommage lui a été rendu. Elle nous racontait aussi avec mes cousins beaucoup d’histoires, de monstres, de dames blanches ou d’oiseaux nocturnes qui nous faisaient mourir de peur. Des histoires comme il en existe beaucoup en Périgord mais aussi qu’elle inventait. C’est pour ça que j’ai choisi de placer l’histoire à Piégut, afin de lui rendre hommage », explique Isabelle Langerome. « J’ai aussi choisi de la baser à Piégut car j’ai eu beaucoup de plaisir à y vivre mes étés en toute liberté avec des balades dans les bois ou en pratiquant la pêche à la balance aux écrevisses. C’était intéressant d’écrire un récit dans cette magnifique région en créant un certain contraste entre la beauté de cette nature, et le sujet du livre, un polar où se commet un crime. la campagne contraste aussi avec Paris où se déroule la seconde partie du livre avec l’héroïne Suzie qui passe son enfance à Piégut avant de fuir le village pour la capitale où elle deviendra capitaine de police ».
Isabelle Langerome a aussi une prédilection pour les sujets sociaux, puisque depuis qu’elle a commencé à publier des livres (4 depuis 2002), elle a notamment écrit « Où cours-tu Michel ? », portrait d’un syndicaliste dans une entreprise de transports routiers. Avant de se vouer à l’écriture elle a aussi réalisé un certain nombre de documentaires vidéos dont certains sur les dockers de La Rochelle, ou sur la lutte des cheminots contre la fermeture de la gare d’Achères. « C’était une sorte de triptyque sur le monde ouvrier, un univers très masculin, même si ensuite j’ai réalisé d’autres choses comme « Mille milliards de baisers », un livre plus léger sur comment on devient femme. J’aime changer de style et de contraintes littéraires et j’ai choisi cette fois-ci les codes du polar », explique Isabelle Langerome qui avoue avoir été d’abord attirée par l’image, avant d’en venir aux mots, puisqu’elle a débuté comme photographe avant de passer au court métrage et au cinéma documentaire.
Un cri de colère contre les salauds
Elle a toujours eu une attirance également pour les luttes. « Suzie Justice, c’est aussi un hommage aux femmes qui se battent, aux combattantes. C’est un cri de colère contre les salauds, l’héroïne dit d’ailleurs qu’elle part en guerre contre les salauds. J’ai envie de dire que la colère est belle et nécessaire, il faut rester en colère sinon on est mort. L’héroïne du livre, le capitaine, est d’ailleurs assez radicale puisque sa devise est  « ni dieu ni maître, à bas la calotte et vive la sociale », c’est un peu moi qui parle évidemment. Ces valeurs de gauche, c’est ma grand-mère qui nous les a transmises car elle a mené beaucoup de combats et moi j’en mène à ma façon. Ce livre, c’est un combat contre les salauds et pour bien les nommer, les pédophiles. Je n’ai pas de jugement de valeur, je parle d’hommes qui sont déséquilibrés psychologiquement et physiologiquement. Je ne dis pas que tous les hommes sont des salauds, mais il y a des hommes déséquilibrés qui font tomber les barrières des interdits, à savoir qu’on ne touche pas aux enfants ».
Suzie Justice, c’est donc l’histoire d’une vengeance voire, de plusieurs vengeances. « Un portrait croisé cubiste de deux Suzie qui finalement ne vont former qu’une seule personne. C’est pour ça qu’elles portent le même nom. Nous sommes toutes un peu Suzie, toutes les femmes au cours de leur vie ont été à un moment donné victimes de harcèlement. Enfant, adolescente, femme et mère, on a toutes été confrontées à la violence des hommes, qu’elle soit sexuelle, physique ou sociale, on peut d’ailleurs faire référence à l’affaire  Jacqueline Sauvage. Lorsqu’on est confronté à ce genre de violence, comment doit-on réagir ? Doit-on se faire justice soi-même ? J’ai écrit ce livre pour répondre à cette question. Je ne dis pas qu’il faut le faire mais on a le droit d’avoir le fantasme de répondre à la violence par la violence. Ce polar est pour moi un exutoire, je réalise mon fantasme de vengeance par le biais de l’écriture. C’est une histoire de serial killer qui fait du bien aux femmes,  celles en particulier qui ont subi des violences et qui sont marquées à vie, car on n’en sort pas, on a toujours ça en tête. Donc je pense que ça fait du bien aux femmes qui le lisent, pour exorciser tout ça. C’est du moins les premiers retours que j’en ai », précise Isabelle Langerome. Si le livre peut paraître un peu radical, il y a aussi beaucoup d’humour et de second degré. « Tout n’est pas à prendre au pied de la lettre. C’est un peu du Tarantino la couverture du livre rappelle d’ailleurs « Pulp fiction » par son côté années 40. Les traits des personnages sont volontairement grossis, les collègues de Suzie sont un peu caricaturaux et il y a dans les dialogues une façon de rendre le sujet plus léger et de contrebalancer un modus operandi plutôt radical, car on est tout de même autour d’une histoire de serial killer ».
L’histoire débute donc en 1992 dans les bois de Piégut-Pluviers où la petite Zizi, qui deviendra plus tard la capitaine Suzie Lange, à pour habitude de jouer, ramasser des champignons et aussi s’entraîner au tir. Un cadavre y est découvert mais l’affaire ne sera jamais résolue. L’auteur fait des bonds dans le temps entre cette enfance et le temps présent, en 2014 où la capitaine Lange, en enquêtant sur un crime à Paris dans le 12e arrondissement, se retrouve plongée dans les douleurs de son adolescence et se demande si elle sera à la hauteur pour résoudre sa première affaire de tueur en série. Le portrait d’une flic sensible et touchante loin des stéréotypes du genre. Mais aussi un vrai thriller qui se lit d’une seule traite.
Philippe Jolivet
« Suzie Justice» aux éditions Pierre Philippe, 17  euros à commander auprès de votre libraire. Isabelle Langerome sera en Dordogne dans le courant du mois de mai, les lecteurs peuvent lui écrire à l’adresse suivant suzie.justice@orange.fr afin qu’elle organise une dédicace à leur intention au tabac presse de Piégut-Pluviers entre autre.

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