Fil info
10:32Mussidan : On n'appelle pas sa copine "petite", même par SMS -> https://t.co/5iO2csQ3xU
05:36Bergerac : Dandinement jusqu'à Périgueux -> https://t.co/XJFptXY8oF
17:02Bergerac : Ce soir, c’est Suzane qui est concert et c’est gratuit ! -> https://t.co/rEf4QIHVv9
16:51RT : | ♻️ La rentrée approche et vous souhaitez vous équiper ? 🤝 Développée par Limoges Métropole, utili… https://t.co/AxCI2QdOOh
16:50RT : Je suis co-signataire de cette lettre initiée par . Nos ports doivent s’ouvrir à l’accueil des migrants e… https://t.co/U2cUwTKTGj
16:49RT : POUR NE PAS OUBLIER / NOT TO BE FORGOTTEN; il y a 20 ans, le 17 août 1999, 5 sapeurs-p… https://t.co/ox7GKoiBER
15:05RT : Si ma vaillante petite moto arrive à gagner le Plateau des Mille Vaches, arrivée prévue ce dimanche matin. Hâte hât… https://t.co/dS3vK5atAV

Le polar pour servir l’Histoire

Littérature

Jacques Jung ne cesse de revisiter la Creuse de son enfance avec nostalgie et attachement dans sa série de polars. Avec Sortie de route en Creuse, on plonge dans l’histoire du château de Chaumont à Mainsat, qui a accueilli des enfants juifs aux débuts des années 1940...

Dans son dernier polar, Sortie de route en Creuse, (La Geste, juillet 2019), Jacques Jung continue de faire enquêter Diégo Castellon et Martine Malicette dans la Creuse des années 1970... Avec toujours en toile  de fond un événement marquant du passé creusois : cette fois, la Seconde Guerre mondiale à Mainsat, où le château de Chaumont accueillait des enfants juifs...
Aujourd’hui retraité de la fonction publique, comment en êtes-vous venu à l’écriture ?
Au tout début, j’ai fait un premier roman historique, La Brême d’Or, qui relatait l’histoire de la Moselle de 1871 à 1945. Ma famille est originaire de là-bas, et ils ont un vécu tellement extraordinaire, avec les annexions et les changements de nationalité, que j’ai eu envie de mettre ça par écrit. En parallèle, j’ai pris ma retraite et j’étais correspondant de presse pour un journal local en Ardèche. Le livre a relativement bien marché, pourtant il était à compte d’auteur, j’ai chopé le virus et j’ai continué à écrire sur ma région à moi qui est la Creuse.
La Creuse, où pourtant vous ne vivez plus actuellement ?
C’est vrai je n’y vais plus souvent, c’est un peu plus par nostalgie. J’ai passé toute mon enfance à Chénérailles, je me souviens d’une Creuse disparue... Dans mon premier polar, je fais revivre une vie que j’ai connue, avec le garde-champêtre, tout ça. C’est aussi pour rappeler aux anciens ce que j’ai connu. ça a eu un certain succès d’ailleurs, j’ai été édité tout de suite, trois éditeurs m’avaient répondu, alors je continue, poussé aussi par mon éditeur. C’est une occupation de retraité très intéressante et enrichissante !
Pourquoi avoir choisi le polar, justement ?
Au départ, je vais toujours parler d’un problème, d’un sujet. Le premier, ça a été les enfants réunionnais, qu’on appelle à tort les enfants de la Creuse, alors que c’est un problème national. Il y a trois ou quatre ans, on n’en parlait pas beaucoup, maintenant c’est revenu sur le devant de la scène... Si j’aborde le problème directement, comme un historien, je ne vais pas intéresser grand monde, et puis des enfants réunionnais ont déjà parlé de leur propre expérience, je n’aurai jamais pu faire aussi bien... Alors j’ai voulu vulgariser et, le meilleur moyen pour ça, c’est le polar, c’est le genre littéraire le plus lu en France, et il permet d’aborder le problème par-derrière. Dans le second polar, Le cordonnier d’Aubusson, j’ai abordé le sujet du féminisme au début des années 1970, avant l’avortement, et cette année j’ai travaillé sur les enfants juifs cachés ici à Mainsat. Quand je vais aller dans des salons du livre, les gens vont l’apprendre, alors qu’ils venaient acheter un polar.
Comment réussisez-vous à concilier ce mélange d’Histoire, de terroir et de fiction ?
C’est toute la difficulté. Il faut savoir que c’est un ancien enfant du château de Mainsat qui est assassiné, il faut donc remonter le passé pour voir s’il y a un rapport, faire parler des témoins, c’est comme ça qu’on aborde le problème. Pour le féminisme, c’était plus simple, c’était l’époque. Mais il faut jongler un peu, c’est vrai, réussir à concilier, c’est pour ça que je met un an pour écrire un bouquin.
Pourquoi avoir écrit sur l’histoire du château de Chaumont à Mainsat ?
C’est grâce à Marie-Christine Schultz, qui habite Mainsat, elle m’en a parlé et suggéré d’écrire sur le sujet. J’ai passé mon enfance à Chénérailles et il se trouve que je n’avais jamais entendu parler de cette histoire. Je me suis dit qu’il y avait un problème, si la génération qui suit - la mienne - a déjà oublié et qu’il fallait l’écrire pour que ça reste dans l’histoire. D’autant qu’il ne reste du château que des ruines, ça risque de s’oublier. Quand elle me l’a demandé, c’était à l’époque où il avait été mis en vente en pièces détachées sur le bon coin. ça m’a titillé, je me suis documenté, à droite et à gauche, sur internet, rencontré des témoins à Mainsat, comme l’ancien maire, qui était lui-même enfant pendant la guerre. Après ça, j’ai été en contact avec Popeck par échange de mails, il m’a autorisé à partagé son expérience et son témoignage qu’on retrouve dans les dernières pages de mon livre, mais il jugeait qu’il était trop petit à l’époque pour me faire une préface...
Vous avez déjà une idée pour votre prochain roman ?
Oui, dans le polar sur lequel je suis en train de travailler et qui devrait paraître en juillet prochain, je reviens sur les mines d’or du Chatelet à Budelière...

MAINSAT : Ne pas laisser les ruines dans l’oubli à défaut de sauver les murs...

Au croisement de la route venant de Mainsat et menant au village de Chaumont, une stèle est érigée en souvenir des événements de la Seconde Guerre mondiale. En remontant la petite route, perdue sous les conifères, on aperçoit les grilles du château.
Sur la route, un chemin mène à la grande barrière en fer qui délimite l’accès à la propriété, aujourd’hui celle de Patrick Surjet. Dans le parc arboré aux essences rares et ancestrales, ce qui persiste de l’allée est envahi par la végétation. Au fond se dessine ce qu’il reste du château : la toiture semble s’être envolée avec les souvenirs de son passé, les fenêtres sont des trous béants d’où s’échappe l’histoire...
Marie-Christine Schulz, présidente de l’association RéseauBulle 23, habite à quelques kilomètres à peine des ruines du château de Chaumont. Quand elle a appris qu’il était mis en vente en pièces détachées sur le site de ventes en ligne Le bon coin, connaissant son histoire, elle était déterminée à faire quelque chose pour garder une trace du passé des enfants juifs, bien que consciente qu’étant donné l’état de délabrement du lieu, une réhabilitation n’est pas faisable.
Alors, avant que ne s’efface l’histoire, elle a pris les devants et demandé à l’auteur Jacques Jung d’écrire sur le sujet (voir plus haut) : il était justement l’invité de la dernière foire au livre de Mainsat en décembre dernier, une manifestation que le Réseau Bulle 23 a décidé de relancer : « On voulait en faire un lieu de culture pour tous, ouvert à l’inclusion », note Marie-Christine Schulz. Chaque année, c’est donc un neurotypique et un autiste qui sont conviés. (1).
« On a annoncé que cet été, il sortirait un livre autour du château de Chaumont ». C’est chose faite et, pour marquer le coup, l’auteur sera présent ce jeudi 15 août (2) sur le site des ruines toute la matinée pour présenter et dédicacer son ouvrage.
Pour la présidente de Bulle 23, la manière romancée qu’a Jacques Jung de traiter l’histoire « va permettre d’être un peu moins lourd qu’un écrit très théorique, un juste équilibre entre l’histoire et la Creuse, même si le sujet est grave ». Après lecture, l’objectif est atteint : la lecture est plaisante, « et c’est une période que j’aime bien, les années 1970, les gens de ma génération s’y reconnaîtront. Malgré tout, c’est une belle histoire », sourit-elle.
C’est pourquoi Marie-Christine Schultz souhaite que le passé « reste dans la mémoire collective comme un souvenir, une conscience que le château a eu une histoire » et ainsi, peut-être, éviter qu’il ne finisse vendu en pièce détachées, qu’il en reste une trace autre que dans les livres d’histoires et les archives départementales...
« D’après mes informations, le château de Chaumont n’est pas très vieux, il serait du début du XXe siècle. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les propriétaires s’en sont servi pour mettre à l’abri des familles juives, surtout des enfants, dont l’humoriste Popeck », raconte Marie-Christine Schultz. Et, à Mainsat, tout le monde était au courant, les enfants fréquentaient l’école et les fêtes, et ça semblait naturel à tous les habitants de Mainsat, mais aussi de tout le canton...

(1) Le prochain marché au livre, le 1er décembre au Château des portes à Mainsat, accueillera une nouvelle fois Jacques Jung et N. Fougeras, jeune autiste qui signe son premier roman.
(2) Dédicaces sur site de 10h30 à 12 h, avec présence des officiels, suivi de 14h30 à 17h de séances de dédicaces sur la place de Mainsat à l’occasion de la fête patronale.
(3) Notamment Bussière-Vieille, car si le parc et l’escalier sont dans la partie de la commune de Mainsat, le château en lui-même est en réalité à La Serre.