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Le pilier derrière le brin de paille

Bâtiment

L’air du temps avait soufflé, soufflé et fini par balayer la paille du bâtiment. Le ressac du bon sens semble vouloir la ramener. À une époque où ce sont les pailles plastique qui s’apprêtent à disparaître et que l’expression après moi le déluge revêt une signification des plus ironiques, les architectes Charlotte Cornevin et Pierre Bernérias, installés à Saint-Avit-de-Tardes, viennent de remporter le premier prix régional de la construction bois, catégorie maison individuelle, pour la construction à Guéret d’une maison en ossature bois et isolée avec de la paille...
Un prix, ça valorise toujours... et ça déverrouille parfois. Et on finit par se dire : la paille pourquoi pas ? D’abord dans un cercle professionnel, aux premières loges, puis dans une moindre mesure chez des élus, qui vont se demander comment aller vers du bio sourcé, et chez des particuliers un peu  informés. Un prix, quand on milite pour que le bâtiment commence à changer, c’est pas une paille... Mais un prix ça n’est pas tout. Pour tout dire, les deux architectes ont commencé le projet avant-même de savoir que le prix existait (1).
Le plaisir pour Charlotte Cornevin et Pierre Bernérias, spécialisés dans la construction bois/paille et l'éco-réhabilitation depuis 6 ans (2), a été d’abord d’être contacté par un couple de particuliers qui savait ce qu’il voulait. « C’est vraiment une rencontre. La mayonnaise a prix entre les maîtres d’ouvrage et nous », relate Charlotte Cornevin. « Ils sont venus nous chercher avec la volonté de travailler sur la paille qui est devenue notre spécialité. »
En faveur de la paille des avantages environnementaux : elle est très peu coûteuse en « énergie grise » (aucune transformation, très peu de transport) ; c’est un déchet de l’agriculture (5 à 10 % de la production permettrait à elle seule d'assurer construction et rénovation de l'ensemble des immeubles français réhabilités dans une année) ; elle offre une qualité d'isolation excellente et répond aux objectifs de la réglementation thermique 2020.
Cerise sur le tableau, c'est un matériau durable et économique, là où la laine de verre a une espérance de vie de dix ans... certaines maisons paille n’ont, en cent ans, pas bougé... (3) Un avantage à l’heure où la pérennité constitue un axe incontournable de réflexion. « L’évolution des mentalités est très liée au bâtiment. À l’heure actuelle, on s’interroge beaucoup sur le chaud et le froid ; dans les années 1970, c’était pas le cas, et c’est bien le problème... Il y a plein de baraques à isoler », précise Pierre Bernérias. Une partie du travail qu’il mène avec son associée, porte donc sur la restauration. Les projets neufs sont, quant à eux, centrés sur l’isolation paille et l’ossature bois. « Il serait temps que le bâtiment change un peu. On continue de voir des chantiers parpaing, laine de verre alors qu’avec le bois et la paille, on a tout sous la main... L’isolation est un sujet révolutionnaire... mais en fait dans le bâtiment, sur un chantier, en France, ça n’existe pas, c’est soit inclus dans la maçonnerie, soit avec l’eau... »
Il s’agit, pour Charlotte Cornevin et Pierre Bernérias, membres du Réseau français de la construction en paille, de rétablir l’architecture dans son rapport à l’homme et au climat, et plus largement à l’environnement. Ce que souligne la maison de Pommeil, livrée durant l’été 2017. Construit avec une ossature en bois local et un isolant en bottes de paille venant de l’Indre, le bâtiment, qui possède une toiture plate végétalisée, bénéficie d’une large orientation au sud afin de bénéficier de tous les apports du soleil.
« Il y avait une très belle vue depuis la rue, dont les porteurs de projet ne voulaient pas, non plus, priver les habitants. On s’est donc interrogé sur comment habiter le lieu et comment interagir avec l’environnement immédiat », développe Charlotte Cornevin. « On a fait le choix de se désaxer, de s’affranchir de l'alignement sur rue et de se tourner au mieux, tout en intégrant la pente. » La maison s’efface au final au profit de la vue...
Ce qui ne l’a pas empêché de taper dans l’œil du jury qui lui a attribué le prix régional de la construction bois, catégorie maison individuelle.

(1) Lors de l’édition précédente, un projet ossature bois et isolation paille mené à Saint-Marc-à-Loubaud par les deux architectes avait déjà été primé.
(2) Depuis que l'édition des règles professionnelles en 2012 a rendu possible ce type de construction.
(3) Située à Montargis,  dans le Loiret, la maison Feuillette, ossature bois et isolation paille a été construite en 1920.