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Le modèle social français à terre

Mobilisation

C’est reparti comme en quarante... reste à savoir de quel siècle. En 1940, avant une belle série de conquis sociaux ? En 1840, au cœur d’une périodes emblématique dans la longue histoire de l’exploitation de l'homme par l'homme ? Une chose est sûre, sur le plan du progrès social, la France est en marche... arrière. D’où l’appel à mobilisation lancé à l’échelle nationale par plusieurs syndicats pour le 9 octobre.
Le 9, du neuf ? Pas tant que ça. Les revendications, faute du plus petit début d’écoute au sommet de l’État, restent les mêmes, un tronc commun constitué d’augmentation des salaires, pensions et minima sociaux ; de défense des services publics de proximité ; de droit à la retraite à taux plein pour tous les salariés dès l’âge de 60 ans ; d’égalité d’accès à l’éducation... Un tronc commun mais qui grossit et grossit, à mesure que l’État ignore, méprise, rabotte, ampute, et que l’horizon se restreint.
Ce qui grossit, aussi, c’est le nombre de mécontents qui ont prévu de descendre dans la rue le 9 octobre. Et qui rêvent de convergence : « Les retraités en prennent plein la figure, fonctionnaires aussi... », indique Catherine Baly, secrétaire départementale de la CGT Creuse, « et les chômeurs c’est pour bientôt. » « La baisse du pouvoir d’achat, on en est tous là », poursuit Stéphane Picout, secrétaire départemental de la FSU, rejoint par Sébastien Trocellier, secrétaire général de FO Creuse : « actuellement, toutes les factures augmentent pétrole, eau, gaz... »
Tous dans le même bateau... ou presque. Si les salaires, les pensions, les retraites et les minima sociaux sont maintenus au ras des pâquerettes tandis que les dividendes versés aux actionnaires multipliés par 5 en 30 ans atteignent des sommets, en dix ans les 10 plus riches fortunes françaises ont, en 10 ans, vu leur patrimoine quadrupler alors qu’il faut six générations à une famille pauvre pour atteindre le revenu moyen.
L’égalité ne passera pas, non plus, par les services publics de proximité sur lesquels l’État ne se penche que quand il a quelque chose à couper. « Si on regarde au niveau de la jeunesse et des sports, ce sont 1.600 postes qui vont être supprimés pour économiser 50M€ ; sur un budget, c’est peanuts... rien à voir avec le
coût de l’Assemblée Nationale. On ne voit pas à quoi ça va servir, c’est vraiment idéologique : on détruit », déplore Stéphane Picout.
Parce que c’est son plaisir, Emmanuel Macron a annoncé la suppression de 120.000 fonctionnaires, et il ira au bout. Parce que la masse de travail demeure, les fonctionnaires deviendront contractuels. Une conversion commode : « Les gens sont corvéables à merci, quand on a un CDD de 6 mois, on a pas la même force pour revendiquer... C’est toute l’idéologie du monde tel que Macron le conçoit », développe Catherine Baly. « C’est tout le modèle social de la France qu’il met à terre. » Une mécanique à l’œuvre dans les hôpitaux et les EHPAD depuis belle lurette, sur 2.000 à 2.500 personnels, 700 sont contractuels. L’éducation et la fonction publique territoriale ne sont pas en reste...
Une mécanique qui n’est pas non plus systématique, il arrive à l’État de supprimer purement et simplement. Prélèvement à la source ? Trois trésoreries en moins en Creuse. « Même si une trésorerie n’est pas un lieu où on va tous les jours, c’était un service rendu aux usagers et aux collectivités », s’emporte Catherine Baly. « Internet, je veux bien, mais les permis, les cartes grises, on voit le bazar que c’est... et un monde deshumanisé, on n’en veut pas. »
Après dématérialisation, le mot qui fait frémir est mutualisation. De grosses inquiétudes pèsent autour des Directions départementales interministérielles et la perspective d’un approfondissement de la déconcentration et surtout de pouvoirs accrus pour les préfets et les préfets de région : en d’autres termes le regroupement de corps de métiers qui n’ont rien à voir ensemble et des agents de l’Éducation nationale, en-tre autres, qui vont se retrouver à travailler pour les préfets.
« On est lanceur d’alerte mais il faudrait nous écouter », appuie Catherine Baly qui rappelle que ce que les cheminots ont dénoncé pendant trois mois s’est vérifié... Avis aux usagers, autant qu’aux Creusois en général. Rendez-vous le 9 octobre à 10h, gare de La Souterraine et à 10h30, à Guéret devant la permanence du député Moreau.

Commentaires

Modest and
eminent virtue,
when the sun
goes away
and a yellowing
leaf touches the
ground with a
delicate movement
I can hear, in the
forest, the timid
attraction to the
light of your fate.

Francesco Sinibaldi