Sale temps sur l’habitat alternatif ?

Environnemment

«Vivre dans la forêt avec la forêt». Tel est le manifeste de Jonathan Attias qui a quitté la région parisienne pour s’installer avec compagne et enfants dans une cabane sur la commune de Chasteaux depuis un an déjà.  
Un «Walden ou la Vie dans les bois» made in Corrèze parfaitement assumé par le trentenaire qui par ailleurs promeut la désobéissance fertile dont le nom est directement inspiré d’une autre œuvre phare du poète et philosophe américain Henry David Thoreau.
Dans un contexte d’urgence climatique, la démarche de résilience écologique n’a pas manqué d’être médiatisée. Car le couple n’est pas du genre à appliquer l’adage «pour vivre heureux, vivons cachés». Bien au contraire. Leur objectif est de faire le lien entre les détenteurs de projets et de terrains afin de développer de nouveaux lieux de vie similaires au plus près de la nature. 

Une visite de la municipalité accompagnée de la DDT

Sauf que l’utopie architecturale autant que sociétale ne semble pas faire rêver le maire de la commune. Jean-Paul Fronty avait déjà adressé un premier courrier au couple en mai dernier leur demandant de retirer leur cabane au motif qu’elle avait été montée sans autorisation préalable.
Lundi dernier, le couple et les autres personnes partageant le même mode de vie ont reçu la visite du maire accompagné de la DDT (la police de l’urbanisme) pour constater les infractions aux règles d’urbanisme.
Construites sur un terrain agricole abandonné depuis des dizaines d’années et propriété d’un des résidents, les cabanes sont effectivement difficilement compatibles avec les normes en vigueur. «C’est un choix politique ! Alors que nous construisons un habitat alternatif dans le plus grand respect de l’environnement, qu’on vienne nous dire que ce n’est pas possible parce qu’il ne respecte pas les normes qui nous ont menés dans le mur, ce n’est pas entendable. C’est l’hôpital qui se fout de la charité!», glisse Jonathan Attias.
«Notre volonté n’est pas de s’inscrire dans une logique d’opposition avec la municipalité. Mais face à la situation on ne peut plus se ranger derrière l'exécution de lois et l’application de normes sécuritaires. Il faut choisir son camp ! En faisant ce choix, le maire s’est simplement déchargé de cette responsabilité et maintenant il va falloir voir ça avec le procureur» déplore le trentenaire.

"La honte doit changer de camps !"

Pas de quoi pourtant entamer sa détermination à faire reconnaître ce mode de vie. Au défaut de permis de construire et de normes d’assainissement, Jonathan oppose la loi ALUR et plus particulièrement son volet sur l’habitat léger. «Le maire a la possibilité par la loi de tolérer l’habitat alternatif. Il a juste à le décider. Aujourd’hui nous n’avons pas à rougir de vouloir vivre dans la nature. Notre combat c’est justement que la
honte change de camp» indique  Jonathan Attias. «Nous ne sommes pas des beatniks ! Nous avons tous fait des études supérieures. Nous sommes pragmatiques dans notre approche et nous avons le sentiment d’une infantilisation absolue de la part d’un jacobinisme étatique» souligne l’enseignant  en «Démocratie contributive et lobbying citoyen» à l’université de Cergy. 
Souhaitant éviter tout «bras fer avec la municipalité», le collectif organisé en association depuis le mois juillet, entend poursuivre son combat pour la préservation de l’environnement. Mais si bras de fer il devait y avoir, il ne serait pas sans rappeler celui engagé dans l’affaire des yourtes de Bussières-Couffy en Haute-Vienne. Une affaire qui, après de longues années de combat judiciaire, avait par ailleurs contribué  à la reconnaissance de l’habitat léger dans la loi ALUR...   

Mathieu Andreau


Habitats légers : Que dit la loi ?

Pour êtres reconnus comme tels, ces habitats légers doivent répondre à un certain nombre d’éléments : L’habitat doit être démontable. Son installation est effectuée sans intervention d’engins lourds et aucun élément le composant, ou composant son aménagement intérieur, n’est inamovible ; le raccordement doit être effectué, le cas échéant aux réseaux d’eau, d’électricité et d’assainissements collectifs,     l’usager de l’habitat doit veiller à la propreté, à la salubrité et à l’entretien des lieux pour éviter les incendies.
Avec la loi ALUR (adoptée le 20 février 2014) qui a fait en sorte que législation et habitat alternatif soient compatibles, les communes peuvent définir sur le plan d’urbanisme (PLU) des terrains où ces habitats alternatifs auront l’autorisation de s’installer (en zones urbaines mais aussi dans les «pastilles» : zones agricoles ou naturelles, qui sont normalement non constructibles). Si le terrain n’est pas desservi par les réseaux publics (eau, assainissement, électricité), il sera dorénavant possible d’installer ses propres équipements. Mais dans ce cas, une attestation devra être fournie à la mairie.

 (photo : Lionel Prado)