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De l’Alsace à Atur

Mémoire

Terre de résistance, le département a une place toute particulière dans les commémorations du 75e anniversaire de l’année 1944. L’accueil des Alsaciens et Lorrains dès 1939 a conduit à la création d’un groupe de résistance qui prendra le nom de Brigade Alsace-Lorraine.

Jeudi la commune d’Atur commémorera officiellement ses enfants morts pour notre liberté, mais aussi tous ceux qui ont trouvé la mort sur ses terres. L’accueil des Alsaciens et Lorrains de 1939 à 1945 et le développement d’un mouvement de résistance lié à ce contexte conduisit à la création de la Brigade Alsace-Lorraine, qui, sous le commandement d’André Malraux et du Général Pierre Jacquot, participa à la libération de l’Alsace. Ces évènements continuent de marquer le département par la présence de survivants de ces années de guerre, de leurs conjoints ou descendants, enfants, petits-enfants et arrière petits-enfants.
Bien sûr, la cérémonie est organisée sous l’égide de l’Office national des anciens combattants et de la mairie, mais ce sont surtout
l’Anacr et le Comité pour la mémoire de la Brigade Alsace-Lorraine (ComeBal) qui en sont les coordinateurs. Le vice-président du ComeBal, Noël Balout, rappelle quelques éléments pour mieux connaître cet épisode : « Au plan local, en Dordogne et autour de Périgueux, en août 44, la situation se désagrège rapidement pour l’occupant et son auxiliaire de Vichy : les Allemands sont encore plusieurs milliers en Dordogne,
2 000 nous dit Roger Ranoux, appuyés par des régiments blindés. Mais la milice ou la légion nord-africaine, se sentant détestées par les habitants, ont demandé à quitter le département. Fin juillet, le général allemand  Sterckoff  avait  accepté  des contacts  avec la résistance. Il est aussitôt congédié et remplacé par le général major Arndt qui a pour mission de reprendre vigoureusement les choses en main. Avec quelle dureté il le fera, les commémorations d’août en Dordogne en témoignent chacune à leur façon ». Il reprend ainsi l’historique des événements qui ont conduit à cette tragique journée du 15 août 1944. La veille, 14 août, Ancel, figure du maquis de Durestal, à ce moment précis chef de la légion Alsace Lorraine, a ordonné au lieutenant Charles Mary d’emmener son groupe en direction d’Atur pour attaquer des unités ennemies, et à défaut effectuer une manœuvre de diversion.  Qui est Charles Mary, ce lieutenant, responsable du groupe Bir Hakeim ? C’est un jeune inspecteur de police alsacien. Après la défaite, il ne s’est pas résigné à la nouvelle autorité allemande. Il a une autre idée de sa vocation. Il a pris rapidement le parti de la clandestinité et, mettant sa vie en péril, a rejoint la région de Bergerac où il a pu trouver un emploi aux archives de la Dordogne. Ce poste lui a servi de couverture pour contribuer aux activités de la résistance tant dans la constitution du réseau que pour le recrutement ou pour l’information ou par la fourniture de fausses cartes d’identité ou de tickets de rationnements. Avec le débarquement il a rejoint le groupe Bir Hakeim de l’As et s’est engagé dans la lutte armée où il s’illustre dans plusieurs combats. Mais, le 14 août, Charles Mary n’a plus que quelques heures à vivre. Sa vie, cette existence qui ne fut qu’idéaux, patriotisme, valeurs élevées, cette vie va connaître son épilogue. Le 15 août ses hommes découvrent qu’ils sont cernés par les forces ennemies très supérieures en nombre. Il y a eu des fuites ou des imprudences. A la guerre, un détail, se taire ou un mot de trop et ce sont des vies sauvées ou perdues. En sortant de son Pc, Charles Mary est blessé gravement au-dessus des deux genoux par une rafale de mitraillette. Il parvient à se glisser dans un vignoble avec Emile Hacquard. Celui-ci est allé chercher du secours puis est revenu auprès de son chef. Les maquisards décrochent et parviendront à se regrouper plus tard dans les alentours mais six d’entre eux vont manquer à l’appel. Leurs noms sont sur ce monument :  le caporal Stoffel et Debon sont tués au Petit Chabanier, le plus jeune du groupe, Chadourne, originaire de Périgueux, est fait prisonnier par les Allemands puis exécuté à Moreau,  l’adjudant Wirth, blessé, se défendant farouchement a été achevé dans les bois de Chabanier,  Hacquard et le lieutenant Mary, sont torturés atrocement puis liquidés à Rabauly.  Ce bilan aurait pu être plus lourd sans le courage de deux habitants  de la commune qui, au péril de leur vie, ont caché à côté de chez eux, dans un fenil, des hommes  grièvement blessés. 

Ne pas laisser l’Histoire bégayer
Le contexte des années 30 a mené à ce conflit terrible, qui a embrasé le monde. Il n’est pas si éloigné de celui que nous connaissons aujour-d’hui, ce qui implique une vigilance sans faille pour éviter que l’Histoire ne bégaie.
Crise économique, repli identitaire, ont conduit à la montée des nationalismes, terreau dans lequel se sont épanouis les Mussolini, Franco, et surtout Hitler. Leurs idéologies prônant la suprématie d’un peuple sur les autres, l’exclusion, le racisme, la violence contre toutes les têtes dépassant ou contre tous ceux n’étant pas dans la droite ligne des désidérata de ces dictateurs ont mené à un conflit mondial, et aux abominables camps de la mort et camps de concentration. C’est contre ces idéologies que nos Aînés se sont battus, ont été torturés, exécutés, déportés, sans relâche, jusqu’à la victoire finale de la liberté sur la peste brune.
Cette victoire que l’on croyait
acquise est aujourd’hui fragilisée, et ceux qui pensent que les institutions de la France la protègent contre le retour de ces idéologies -n’oublions pas que s’il y eut des résistants, il y eut aussi des collabos-, n’ont pas perçu le très dangereux virage pris par notre pays. Ce n’est pas faute d’avoir été alertés par les mouvements citoyens, syndicats, partis politiques de gauche, lors des discussions autour de différents projets de loi (Loopsi 1 et 2, Hadopi, sans oublier celles de l’état d’urgence...). Aujourd’hui, n’importe qui accédant à la Présidence de la République peut, sans même outrepasser ses fonctions, faire de notre République un état totalitaire. La liberté de la presse est de plus en plus mise à mal, il suffit de constater à quel point certains de nos confrères sont attaqués et traînés en justice pour avoir révélé des informations qui sont pourtant d’intérêt général, et quand il ne peut la faire taire, le pouvoir tente de la décrédibiliser. Demain, sous couvert d’intérêt supérieur de la Nation, rien n’empêchera un Pinochet ou un Franco de la museler.
Les libertés individuelles sont réduites comme peau de chagrin, sous couvert de sécurité, et même le droit à manifester peut conduire en prison n’importe quel citoyen dont le seul tort est de s’être retrouvés à proximité de casseurs. Se faire entendre de la justice, quand certains procureurs font le jeu du pouvoir auquel ils sont inféodés, devient mission impossible pour les avocats de la défense, et le système des comparutions immédiates, destiné au départ à désengorger les audiences correctionnelles s’est transformé en une sorte de justice à la chaîne où on ne prend pas le temps de bien examiner le dossier en vue d’une personnalisation de la peine, pourtant prévue par les textes. Le traitement réservé aux Gilets jaunes (pressions, menaces, fichages, procès-verbaux...) est également une illustration éclatante du refus de nos dirigeants d’écouter les citoyens.
En Allemagne, on revoit des personnes avec le bras tendu. En Italie, Salvini fait de la solidarité un délit. En Hongrie, Orban réduit la liberté d’enseignement. En France, Blanquer veut museler les enseignants. En Turquie, Erdogan poursuit ses purges contre tous ses opposants. Et la liste est encore longue, El Assad, Trump, Poutine, Bolsonaro, Kim Jong Un..., de ces dirigeants autoritaires plongeant leurs pays dans un système totalitaire, excluant tous ceux qui ne sont pas « de souche », ce qui est plutôt cocasse dans des pays comme le Brésil ou les Usa, dont les ancêtres des actuels habitants ont commencé par chasser, tuer et soumettre les peuples autochtones. Alors, devant les nuages noirs s’amoncelant au dessus de notre bonne vieille Terre, par la faute de tous ces va-t’en-guerre, l’union, la solidarité et la mobilisation sont les seules armes dont disposent les citoyens. Ne l’oublions jamais.
I. V.