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«Le système n’est plus réformable !»

Pesticides

Médecin généraliste à Limoges et président de l’association  «Alerte des médecins sur les pesticides», Pierre Michel Périnaud et son confrère Joseph Mazé étaient invités par l’association Allassac ONGF pour animer une conférence dans le cadre de la campagne «Nous voulons des coquelicots».
Alors que l’association allassacoise est à l’origine d’une charte de bonne conduite pour pacifier les relations entre les pomiculteurs et riverains, le médecin Limougeaud  préconise d’aller plus loin en indiquant la sortie des pesticides.
Car son constat est sans appel.  «Concernant les effets toxiques des pesticides, les scientifiques accumulent les preuves depuis de nombreuses années, à tel point qu’il n’est plus nécessaire d’invoquer le principe de précaution mais celui de prévention. Les études s’accumulent, les consensus également. Le dernier rapport d’expertise collective de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) confirme un lien fort entre l’exposition aux pesticides et le développement de nombreux cancers chez les professionnels qui les manipulent tels que le lymphome non hodgkinien, le myélome multiple et le cancer de la prostate. Les maladies neurodégénératives sont également corrélées à cette exposition, preuve en est que la maladie de Parkinson est désormais reconnue comme maladie professionnelle chez les agriculteurs. Cette même synthèse de l’Inserm rappelle que l’exposition aux pesticides pendant la grossesse majore fortement le risque de leucémies, de tumeurs cérébrales, de malformations et de troubles du développement cérébral chez l’enfant. L’exposition de l’enfant en bas âge – par l’usage d’insecticides domestiques ou parce que l’habitat est proche de zones régulièrement traitées – augmente également le risque de leucémie et de troubles du développement cérébral».

Sortir d’une approche par substances

Pour couper court à tout débat quant à la toxicité avérée ou non des produits phytosanitaires dont le glyphosate est un des exemples les plus criants, le médecin en pose directement les limites. «Il faut sortir d’une approche par substances imposée par les industriels. Le problème n’est pas tant lié à une substance puisqu’on en trouve des dizaines dans chaque organisme. C’est bien à cette problématique de cocktail de pesticides qu’il faut répondre».
Pour le médecin, le système actuel marche sur la tête. «Pour les autorisations de mise sur le marché, les études sont logiquement payées par les industriels auprès des agence idoines. Mais au lieu que ce soit ces agences qui payent les laboratoires chargés de tester les produits ce sont encore les industriels qui payent directement les labos. Mandater des laboratoires indépendants ça devrait être le  b.a.-ba mais on en est encore loin».
Quant aux zones tampons, comme celle préconisée par la charte appliquée localement, le médecin ne peut que y souscrire pour
limiter l’exposition aux pesticides mais déplore l’absence de cadre légal. «Des chartes ? oui bien sûr qu’il en faut. Ici [en Corrèze] cela a bien démarré mais il y a plein d’endroits où il n’en existe pas l’embryon d’une».
«Aujourd’hui tout le monde est contaminé à plus de 90%. Il y a des pesticides qui n’existent plus que l’on retrouve pourtant encore dans les organismes. L’étude Pélagie a démontré que l’on retrouve des pesticides dans les urines de toutes les femmes enceintes et de la chimie plein pot ! L’imprégnation de la population générale se fait par petites doses jour après jour et certains sont aussi des perturbateurs endocriniens. Ces perturbateurs endocriniens on ne devrait pas en retrouver un seul dans l’alimentation malheureusement sur 284 pesticides 101 perturbent l’axe thyroïdien» indique Pierre-Michel Périnaud.  
La récente reconnaissance de ces perturbateurs au niveau européen ne satisfait pourtant pas pleinement le médecin généraliste.
«En 2017, M. Hulot était tout content du vote sur les PE. Mais s’ils ont bien été reconnus, le niveau de preuve demeure tellement élevé que c’était comme si on n’écartait que les pesticides dit «cancérigènes certains». Or sur 150.000 cancérigènes seuls 100 sont classifiés certains.  Si vous définissez la fièvre à 39°C, c’est sûr il a beaucoup moins de malades !».

Alerter les femmes enceintes

Mais que faire alors ? Face à la situation Michel Périnaud n’y va pas par quatre chemins. «J’ai longtemps pensé que nous pouvions prendre les mesures nécessaires pour endiguer le problème mais aujourd’hui le système est une telle usine à gaz qu’il n’est plus réformable. D’un point de vue scientifique nous ne parviendrons jamais à prouver la toxicité ou non de toutes les substances une à une. Il est temps de montrer la sortie des
pesticides» préconise le médecin.

Ce tableau bien peu reluisant dressé, le médecin affirme cependant que réduire notre exposition aux pesticides «n’est pas impossible» et surtout «pas sans effet» avec toutefois une limite. «Le problème est que nous nous recontaminons en permanence et prioritairement par l’alimentation» indique Pierre-Michel Périnaud.
Pour le président de l'association les seules alternatives crédibles passent désormais par le soutien à l’agriculture biologique, la protection des riverains et surtout une nette amélioration de la prévention auprès des femmes enceintes et des enfants en bas âge. «Il faut néanmoins faire évoluer les réglementations européennes. Les pouvoirs publics doivent faire beaucoup mieux. Ils ont une lourde responsabilité».

Mathieu Andreau